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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/644

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des chevaux est représentée avec une ardeur de mouvement qui n’exclut ni la justesse du dessin, ni la variété des expressions, et un paysage charmant de M. Protais, où l’on voit passer sur une route le long du bois un régiment en marche. Les peintres de la vie mondaine mêlent aussi de plus en plus le paysage à leurs conversations spirituelles ou galantes, et M. Heilbuth, l’un de ceux qui ont des premiers le mieux réussi dans ces combinaisons séduisantes des toilettes fraîches et des floraisons printanières, a de nombreux imitateurs dans un genre où lui-même réussit toujours.

Quant aux paysagistes, aux promoteurs consciens ou inconsciens de ce grand mouvement qui change toutes les anciennes manières de voir, toujours aussi nombreux, mais marchant un peu au hasard, ils se trompent encore volontiers sur l’importance de leur rôle, tout en ne cessant de nous dire bien des choses nouvelles, ou graves ou charmantes. Chacun a été frappé de l’erreur commise par M. Duez, qui, voulant rendre une délicieuse impression de soir d’été au bord de la mer, a cru lui donner plus de force en peignant de grandeur naturelle les arbres désolés qui se tordent sur la falaise et les bestiaux pacifiques qui hument dans l’herbe grasse la fraîcheur du crépuscule. Dans cet agrandissement démesuré d’une étude certainement exquise, il est advenu ce qui advient presque toujours en pareil cas, c’est que l’impression s’est délayée et qu’elle a beaucoup perdu de son intensité. Il n’y a guère d’inconvénient à ce qu’une œuvre d’art paraisse trop pleine et donne longtemps à rêver, il y en a beaucoup à ce qu’elle paraisse trop peu remplie. La marine de M. Mesdag, le Soleil couchant, est venu, ce semble, juste à point pour en fournir l’exemple à côté de M. Duez. Il est impossible d’ouvrir aux yeux des horizons plus vastes et plus lumineux au-dessus de l’immensité sereine de la mer que ne l’a fait M. Mesdag par les moyens les plus simples, mais aussi les plus savans. Jamais le pinceau du maître hollandais n’avait montré pareille souplesse ni pareil charme ; ce chef-d’œuvre, où s’est condensée la longue observation d’une vie d’artiste, est de ceux qu’on ne peut oublier. On peut constater également une condensation puissante dans le meilleur paysage français, à notre gré, qui se trouve au Salon, dans la Solitude de M. Harpignies. La majesté du site, la grandeur de l’impression, la fermeté savante de l’exécution, font de cette scène crépusculaire un chef-d’œuvre classique. En se joignant à MM. François et Cabat, sur les traces de Corot, pour défendre avec opiniâtreté les traditions poétiques du paysage et prêcher la nécessité de la simplification réfléchie et des déterminations résolues, M. Harpignies a rendu un service éclatant à nos paysagistes, souvent disposés à s’éparpiller dans l’étude du morceau et à se contenter du rendu sommaire d’une