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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/621

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de ces casques bizarres et de ces armures étranges que nous font connaître les peintures antiques, poussiéreux et fatigués, quelques-uns fort éclopés, marchent en rangs serrés avec une ivresse de victoire sincère et communicative. L’agitation heureuse de cette multitude bruyante est exprimée avec une émotion sincère et une science réelle. Dans la vivante et claire disposition des groupes, dans la variété intéressante des allures, des expressions et des types, dans le choix ingénieux et la subordination habile des accessoires, on reconnaît un compositeur bien informé et un exécutant expérimenté. Par le temps qui court, quand nous voyons nos plus célèbres virtuoses impuissans et déroutés dès qu’il s’agit de traiter un sujet déterminé ou de mettre en scène deux figures, ce ne sont pas là de faibles mérites. Le groupe même des danseuses, malgré la vulgarité des types, est d’un élan joyeux qui complète l’impression, et le grand fond des côtes et de la mer couverte de voiles blanches enveloppe toute cette scène populaire dans un cadre majestueux d’une délicieuse splendeur. Harmonie de l’ensemble, équilibre des ordonnances, expression des figures, exactitude des détails, précision du dessin, éclat des colorations, M. Cormon, en artiste vaillant et loyal, s’est donc efforcé, comme faisaient les vieux maîtres, de réunir, dans sa peinture, toutes les qualités dont l’union fait seule une œuvre parfaite. Trouve-t-on au Salon d’autres toiles où des ambitions si nobles et si hautes aient été si près d’atteindre complètement leur but ?


II

M. Rochegrosse, dans une génération plus jeune, n’a pas de moins fières visées. Comme M. Cormon, c’est un lettré, c’est un curieux ; son intelligence est ouverte à toutes les leçons de l’histoire comme à toutes les exaltations de la pensée. Depuis longtemps son imagination, en quête de superbes spectacles et de fortes émotions, remonte, à l’aide de l’archéologie, vers les peuples disparus et les drames oubliés. On a pu même craindre, un moment, que cet amour du passé, naturel à tous les esprits virils, ne s’emprisonnât dans un dilettantisme d’atelier et n’altérât en lui cette vision vive et passionnée de la réalité vivante sans laquelle il n’y a pas de peintre. Les deux peintures, de styles divers, qu’expose M. Rochegrosse, montrent que ce danger n’est plus à craindre, car, pour y échapper définitivement, il se rattache énergiquement, d’une part, à la nature vivante, et de l’autre à la tradition classique. Son drame romain, la Curée ou la Mort de César, lui a été inspiré par