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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/614

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espacées à la façon antique, ses masses feuillues ou rocheuses et ses lignes profondes d’horizon. Ce paysage, nous n’en pouvons douter, sera, dans la peinture définitive, la note claire et émue dont l’harmonie apaisée enveloppera de sérénité la composition entière. Les personnages symboliques s’y disposent, en groupes expressifs, avec cette simplicité naïve et mate qui donne aux créations savantes de M. Puvis de Chavannes un charme comparable à celui des créations spontanées de l’art primitif. Au fond, devant un roc solide, se tient assise, chastement drapée comme une madone érudite, la vieille Sorbonne, ayant à ses côtés deux éphèbes nus, aux têtes laurées qui portent des couronnes et des palmes. L’Éloquence, la main sur son cœur, s’avance vers elle, tandis qu’à droite et à gauche, assises ou debout, rêveuses ou causeuses, les Muses immortelles, disposées en deux groupes, se reposent au pied des lauriers et des pins. Sur le devant coule le ruisseau de l’éternelle poésie, un jeune homme agenouillé s’y abreuve, tandis qu’un autre adolescent, ayant puisé l’eau sainte dans une coquille, l’offre à un vieillard, couronné de lauriers, qui la reçoit d’une main avide. Dans l’un des compartimens voisins sont symbolisées, de la même façon, la Philosophie idéaliste et la Philosophie matérialiste, l’Histoire et l’Archéologie ; dans l’autre, les Sciences naturelles, Géologie, Minéralogie, Botanique, Physique, Chimie, par des groupes de figures en action, d’une signification claire et vivante. L’ingénieux arrangement de toutes ces allégories ne nous toucherait guère et ne serait qu’un mérite littéraire, si l’artiste n’avait pas fait valoir, presque toujours, la délicatesse de sa conception par les qualités supérieures de l’exécution. Nous savons tout ce qu’on peut reprocher à M. Puvis de Chavannes, la simplification excessive de ses modelés, la raideur souvent maladroite de ses attitudes, parfois même de surprenantes incorrections et des gaucheries presque puériles. Son éloquence, pittoresque, abondante, lumineuse, magnifique, comme l’éloquence poétique de Lamartine, roule, en effet, dans ses généreuses improvisations, toutes sortes d’inégalités et de négligences qu’il est facile au plus mince écolier de signaler. Malgré les solécismes et les barbarismes, le génie de Lamartine n’en reste pas moins hors d’atteinte ; malgré les ankyloses et les entorses, le talent de M. Puvis de Chavannes n’en demeure pas moins hors de pair. Où se trouve aujourd’hui un autre dessinateur sachant donner à une figure, nue ou drapée, une allure à la fois si naturelle et si noble, un geste si ample et si juste, une expression si haute et si délicate ? Parfois, cela est vrai, tout cela n’est qu’indiqué avec des bavures même et des négligences, comme il s’en trouve dans presque toutes les merveilleuses statuettes de Tanagre, dans presque toutes