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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/613

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destinés, presque toujours, à prendre place dans des lieux publics d’enseignement ou d’édification, écoles, mairies, églises, musées, où le spectateur est toujours en droit de leur demander, outre le plaisir des yeux, quelque matière à réflexion. La réalité naïve et brutale, la réalité subie et non choisie, n’est guère de mise en de semblables ouvrages, soit à cause même de leur placement dans des plafonds, tympans ou voussures, soit à cause de la signification morale qu’elles doivent contenir et de l’impression élevée qu’elles doivent répandre. Une vérité générale, condensée, simplifiée, dégagée de tous les accidens de hasard, soit pour les formes, soit pour les expressions, y devient presque toujours seule acceptable ; c’est avec une extrême prudence qu’on s’y peut servir des études faites directement sur nature. Toute œuvre de ce genre qui n’émane pas d’une exaltation réfléchie de l’imagination et qui, par conséquent, n’agit pas, à son tour, sur l’imagination, demeure, quoi qu’on dise, une œuvre inutile et insuffisante.

La ville de Paris, les municipalités provinciales, l’administration des beaux-arts, fournissent, chaque année, aux peintres, des occasions de faire des expériences à ce sujet. Plusieurs tentatives ont déjà été faites sous leurs auspices, soit pour substituer, dans les décorations murales, à l’idéalisme suspect un réalisme banal, soit pour rajeunir, avec de plus habiles ménagemens, les vieilles traditions scolaires, fondées en général sur des nécessités invariables, par l’introduction d’un élément poétique dû à l’observation contemporaine. M. Puvis de Chavannes a, depuis longtemps, embrassé ce dernier parti ; son projet de décoration pour le grand amphithéâtre de la Sorbonne nous le montre plus affermi que jamais dans des convictions qui nous semblent, en principe, les seules fécondes et les seules raisonnables. M. Puvis de Chavannes, l’un des premiers, a mis à profit les leçons des paysagistes en appliquant à la décoration murale cette harmonie calme, pénétrante et douce dont Corot et Millet, à peu près seuls, donnaient alors un utile exemple, mais il s’est, d’autre part, rattaché plus énergiquement même que l’école académique à la vraie tradition classique, puisqu’il est allé surtout demander pour la disposition, le style et l’expression de ses figures, des conseils aux fresques de l’antiquité gréco-romaine et de la première renaissance florentine. Le grand carton qu’il expose, et dont la mise en couleur, nous le savons, modifiera peu le grave et tranquille aspect, est le résultat, comme ses œuvres antérieures, de cette double préoccupation.

Cette composition majestueuse forme un vaste tryptique dont les parties sont reliées entre elles par un fond de forêts et de clairières alternés, d’un aspect très français, qui déroule, derrière les figures