Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/240

Cette page n’a pas encore été corrigée


devoir associer les noms de quelques députés irlandais, membres de la ligue, aux noms des meurtriers et des assassins. Aussitôt un Irlandais, M. Healy, emporté par la colère, a rendu injure pour injure, apostrophant grossièrement le colonel Saunderson. 11 a été naturellement appuyé par tous les Irlandais, et pendant quelques instans, dans un tumulte indescriptible, ont été échangés les défis, les menaces, les accusations de mensonge, de lâcheté, opposées à l’accusation de complicité dans les meurtres. Le speaker M. Arthur Peel, un fils de l’illustre Robert Peel, armé du droit de police que lui a récemment attribué le nouveau règlement, a été ou s’est cru obligé d’intervenir, et la scène a fini provisoirement par une mesure des plus graves, inusitée jusqu’ici, par l’expulsion de M. Healy. Les autres députés irlandais se sont hâtés, on le pense bien, de prendre fait et cause pour leur collègue expulsé, de répéter et d’aggraver ses paroles, bravant à l’envi les foudres du speaker. Pour la première fois peut-être, dans une chambre des communes d’Angleterre, le speaker a été insulté, et c’est là un des plus dangereux effets du nouveau règlement : on a prétendu armer le speaker d’un droit plus efficace de police dans la direction des débats, et on l’a, en réalité, compromis en le faisant sortir de la neutralité impartiale et toute pacifique à laquelle il devait une autorité jusqu’ici respectée. M. Peel a été, dit-on, malade de l’expulsion de M. Healy, qui, dans tous les cas, reste un fait curieux et nouveau, un signe caractéristique dans l’évolution des mœurs parlementaires en Angleterre.

Ce n’est pas tout. La guerre continue sous toutes les formes. Comme pour justifier et confirmer l’accusation lancée par le colonel Saunderson contre les Irlandais, on a produit dans la presse une lettre intime que M. Parnell aurait écrite il y a quelques années, à l’époque de l’attentat de Phœnix-Park, de l’assassinat de lord Frédéric Cavendish et de M. Burke. M. Parnell, en témoignant quelque regret de « l’accident » dont lord Cavendish était la victime, aurait ajouté qu’après toutM. Burke n’avait que ce qu’il méritait, et il se serait disculpé en secret de la réprobation dont il croyait devoir frapper publiquement le crime. Voilà donc le chef des Irlandais, M. Parnell, de par la lettre divulguée aujourd’hui, rangé à son tour parmi les alliés et complices des assassins ! M. Parnell désavoue la lettre qu’on lui prête ; on ne maintient pas moins l’accusation, qui a évidemment un double objet : on croit ruiner la cause irlandaise et on veut montrer quels alliés se donne M. Gladstone dans la campagne qu’il poursuit. Tout cela ne’prouve que l’exaspération croissante des partis. C’est à travers ces incidens et ces scènes que se déroule cette discussion du bill de coercition. Elle a doublé le cap de la seconde lecture, c’est un succès pour le ministère et pour ceux qui le soutiennent, si Ton veut ; mais rien n’est évidem-