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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/233

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




30 avril.

Y a-t-il doue une fatalité acharnée à ruiner les espérances de paix à mesure qu’elles se réveillent, à remettre le trouble dans les affaires des peuples dès que le calme semble renaître, à fatiguer l’opinion de perpétuelles alertes ? Le fait est qu’aux jours où nous vivons, la corne d’abondance des incidens paraît aussi inépuisable que la corne d’abondance des fautes. On va, sans y songer, sans le vouloir, d’une crise à une autre crise. Il n’y a pas si longtemps encore, on a passé quelques semaines, près de deux mois, à interroger tous les matins les augures, à se demander, non sans une certaine anxiété, ce qui allait arriver, si on ne touchait pas par hasard à quelque effroyable conflit. Pourquoi ? A quoi tenait cette situation troublée ? On ne le savait même pas ; on sentait vaguement le danger, on ne pouvait pas le saisir. On nous disait galamment, il est vrai, que nous étions sous le tranchant du couteau, on ne nous disait pas pourquoi. Les vraies causes, les faits précis se dérobaient sous deg prétextes frivoles ou d’artificieuses déclamations, et le péril, pour être mystérieux et insaisissable, n’en était pas évidemment moins grave. Puis un matin, sans doute sous l’influence des premiers souffles du printemps et des bonnes élections allemandes, les nuages ont paru se dissiper comme ils étaient venus ; on a dit que c’était la paix, que cette année encore serait sauvée du grand conflit. La paix a été certes saluée partout comme la bonne nouvelle ! A peine, cependant, avait-on échappé à cette crise d’hiver et commençait-on à se reposer dans le sentiment i