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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/959

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dissidens, radicaux ou modérés, qui se sont séparés de M. Gladstone, ou qui depuis quelque temps déjà ont refusé de le suivre, M. Chamberlain, lord Hartington. M. Chamberlain était impatient d’expliquer sa retraite récente du ministère, et s’il n’est pas allé jusqu’au bout dans ses explications, c’est qu’il a été arrêté par M. Gladstone, qui l’a rappelé à l’ordre en lui refusant le droit de parler du bill agraire qui n’est pas encore présenté ; il s’est borné alors à combattre avec vivacité le projet de réforme politique, dans lequel il ne voit qu’un acheminement à une prochaine séparation des deux royaumes. Et lord Hartington, à son tour, a levé le drapeau de l’opposition en pleine chambre des communes. Un peu indolent ou indécis de caractère, habituellement mesuré dans son langage, lord Hartington, l’héritier du duc de Devonshire, n’a point hésité cette fois à s’engager contre son ancien chef. Ce qu’il a surtout reproché, non sans une certaine tristesse, à M. Gladstone, c’est d’avoir donné l’autorité de son nom à un programme qui restera, dans tous les cas, désormais le minimum des revendications irlandaises et qui est fait pour rendre tout gouvernement impossible. Par ses déclarations, par ses appels à l’union de tous les partis pour la défense des lois et de l’unité britannique, lord Hartington a visiblement pris la position de chef d’un ministère éventuel de coalition, et c’est là sans doute un danger pour M. Gladstone.

Assurément lord Hartington exprime les sentimens, les craintes, les répugnances de beaucoup d’Anglais. M. Gladstone semble avoir contre lui une partie de l’opinion, et même dans son ministère, après la retraite de M. Chamberlain, de M. Trevelyan, il est encore menacé d’être abandonné de quelques autres de ses collègues, qui s’effraient de ses hardiesses. On peut avoir raison dans bien des critiques qui ne sont pas ménagées à M. Gladstone. Malgré tout cependant, il est assez difficile de lui répondre lorsqu’il démontre qu’on ne gouverne pas indéfiniment par la force une race obstinée dans ses revendications, que la coercition n’est pas une politique permanente, qu’avec la répression on n’arrive qu’à cet état où l’idée de la loi et de l’ordre n’existe plus, où le sens moral est obscurci. Que faire alors ? Si M. Gladstone triomphe avec ses projets, c’est une épreuve redoutable pour l’Angleterre, cela n’est pas douteux ; si on revient à la répression, on peut s’attendre à voir renaître avant peu en Irlande les crimes agraires, les conspirations, les agitations qu’on n’a jamais pu vaincre. Singulier exemple de ce que deviennent les vieilles iniquités qu’un grand peuple laisse accumuler dans son histoire et qu’il ne peut plus quelquefois réparer sans péril, même quand il le voudrait !

Tous les pays n’ont pas une question irlandaise. Tous ou presque tous cependant ont leurs problèmes et leurs crises qui naissent de