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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/948

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calmée quand le quatrième acte commence. Le général de La Bartherie est de retour ; c’est lui que le commandant d’Illiers, en uniforme, vient prier de reprendre sa parole. « La raison de cette démarche, monsieur ? Je vous somme de me la dire. — Mme votre fille, avec plus de convenance que moi, pourra vous la faire connaître. » Interrogée à son tour, Jeanne expose le différend qui s’est élevé entre elle et M. d’Illiers ; pas plus à son père qu’à son fiancé, elle ne veut dire pourquoi elle se trouvait, à cette heure avancée de la nuit, chez M. de Chamillac. Ce Chamillac, le général le connaît pour l’avoir en sous ses ordres, il y a une quinzaine d’années, en Afrique : un cerveau brûlé, en ce temps-là : il l’a perdu de vue depuis ; mais il n’admet pas que sa fille lui ait fait une pareille visite sans fournir, à présent du moins, quelque forte excuse. Il la presse de questions indignées, quand Maurice intervient, comprend la situation et déclare sa faute. C’est lui alors que le général accable de reproches, à la façon d’un Romain de Corneille qui gourmanderait la lâcheté de son fils : le fils d’un tel père doit-il risquer comme enjeu l’honneur de la famille ? Un officier français, d’ailleurs, ne doit-il pas se rappeler aujourd’hui qu’il y a des divertissemens interdits aux personnes en deuil ? « Ah ! s’écrie le jeune homme, on demande des volontaires là-bas ; .. laissez-moi y courir ! » Et l’éloquence paternelle s’achève en bonhomie : une petite tape sur la joue, et le général mène le sous-lieutenant chez le ministre pour lui obtenir cette faveur d’aller au Tonkin ou au Sénégal. Entre temps, le commandant, lui aussi, qui a péché par défiance, a demandé sa grâce ; mais Mme de Tryas lui a répondu : « Vous avez été cause, monsieur, que, pour la première fois de sa vie, mon père a douté de moi ; je ne l’oublierai jamais. » Il a crié : « Adieu ! » et s’est enfui ; Maurice le retrouvera peut-être sur le paquebot.

Mlle Ledieu fait demander si Mme de Tryas veut la recevoir : Oui, certes. La pauvre fille s’excuse des indélicatesses de langage qu’elle pourrait commettre en traitant une étrange matière. Elle pense que Chamillac, s’il l’a jamais aimée d’amour, ne l’aime plus que d’amitié ; elle croit qu’il aime une autre femme ; est-il payé de retour ? Voilà ce dont elle s’enquiert, en toute ingénuité, en toute noblesse de cœur. Mme de Tryas se défend d’avouer à Sophie, ou plutôt de s’avouer à elle-même ses sentimens. Elle les laisse éclater pourtant avec ses larmes, lorsqu’elle apprend que Chamillac et Robert se sont battus ce matin, et que cet homme, dont la magnanimité virile a touché son âme, a été grièvement blessé pour elle. Le général revient ; il se croise sur le seuil avec Sophie, que sa fille lui présente comme la fiancée de M. de Chamillac. « Que faisait ici cette personne ? — Elle pleurait avec moi, mon père. — Aimerais-tu cet homme ? — J’ai pour lui une profonde estime. — C’est que tu es une petite don Quichotte, toi aussi, et qu’il