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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/925

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qu’est-ce que les 500,000 hectares qu’elle emploie actuellement en regard des milliers de lieues que l’élevage a encore à conquérir. Les provinces de la république de l’Uruguay, la province brésilienne de Rio-Grande, ne le cèdent en rien à la république argentine pour la production du bétail, les conditions de climat y sont les mêmes, et l’Uruguay offre cet avantage de posséder un développement de côtes fluviales de 1,100 milles géographiques partout accessibles aux navires d’outre-mer.

Nous nous sommes étendus sur cette région et l’avons examinée sous tous ses aspects pour éviter des redites. Il nous suffira maintenant de faire des- comparaisons en étudiant la production au Texas, en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Cap.

De toutes ces contrées, l’Australie a la plus ancienne renommée. Si même ses troupeaux sont inférieurs en nombre à ceux de La Plata, si les terrains du bush s’y prêtent moins bien à l’élevage que ceux de la pampa, si le bush-man a plus d’exigences pour sa vie matérielle que le gaucho, si l’augmentation de ses troupeaux a devant elle un champ moins vaste, arrêtée qu’elle est par la zone tropicale, l’Australie n’occupe pas moins le premier rang pour les progrès réalisés. Ce sont les squatters australiens, de pionniers devenus propriétaires et grands éleveurs, qui ont puisé, avec le plus de prodigalité sage, dans les bergeries et les haras d’Europe. On peut même dire que ce sont ces éleveurs, perdus dans l’Océan austral, qui ont donné l’élan à ceux des autres régions, à ceux de La Plata en particulier, en leur montrant les résultats obtenus par des améliorations coûteuses, mais lucratives. Le succès a été tel qu’en 1882 l’Australie, avec 60 millions de brebis, a produit 390 millions de livres de laine, qu’elle a vendue pour un prix total de 500 millions de francs, tandis que la république argentine, avec 70 millions de brebis, n’a produit que 260 millions de livres vendues pour un prix total de 150 millions de francs. Constatons cette supériorité en faveur de l’Australie, qui prouve que ses troupeaux1 sont mieux aménagés, mieux exploités et beaucoup plus généralement améliorés que ceux de La Plata.

L’élevage, à peu de différences près, se fait de la même manière dans l’un et l’autre pays ; cependant, l’éleveur pampéen dispose de plus d’espace et d’un moindre capital, et le propriétaire australien recherche moins l’espace et trouve les capitaux plus abondans et le crédit plus facile. Mais le sol australien est aussi beaucoup moins étendu dans la zone, tempérée, l’île affectant sa plus grande largeur au nord du 25e degré de latitude sud : Les stations sur la limite du désert s’y forment comme les estancias de la pampa, même mot qui indique une même chose. Le squatter, comme fait au reste le pionnier dans le Far-West américain ou la savane, s’établit sur un