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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/850

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loin semble uni et facile et qui n’en est souvent que plus glissant et dangereux. Il est des questions dans lesquelles la lointaine et douteuse lumière des principes spéculatifs ne vaut pas les clartés de l’histoire et du droit positif. En pareille matière, la méthode historique est encore, croyons-nous, la moins trompeuse. Rappelons-nous l’origine du budget des cultes en France, les circonstances et les conditions dans lesquelles il a été établi ; c’est la meilleure façon de juger de son maintien ou de sa suppression.


III

Où remontent chez nous le budget des cultes et le salaire du clergé ? A la révolution et à 1789. Les partisans de la séparation de l’église et de l’état prétendent s’appuyer sur les principes de la révolution ; ils oublient que le régime qu’ils prétendent détruire a précisément été imaginé par la révolution. Nous pourrions en tirer parti pour soutenir que c’est le seul conforme aux principes de 1789. Nous ne le ferons point : les principes sont de leur nature vastes et vagues ; ils recèlent souvent des conséquences qui n’apparaissent qu’après coup et échappent à ceux qui les proclament. Ainsi en est-il particulièrement de la révolution et des principes de 1789. Bien présomptueux qui prétendrait en limiter la portée, bien clairvoyant qui discerne tout ce qui en doit sortir. Pour notre part, nous nous contenterons de remarquer que, la révolution ayant elle-même inventé de salarier le clergé, il est malaisé de persuader que cela soit en contradiction manifeste avec ses principes. Il faut à tout le moins distinguer entre la révolution abstraite, impersonnelle, que chaque génération ou chaque école se représente à son gré, et les idées, les conceptions des hommes mêmes de la révolution.

Or, pour ces derniers, aucun doute. Aux yeux des plus grands ou des plus marquans, de Mirabeau jusqu’à Danton et à Robespierre, l’entretien du culte était essentiellement un service public. Je ne crois pas que jamais on ait proclamé ce principe plus haut qu’à l’assemblée constituante. Ses orateurs soutenaient que, l’entretien du culte étant un service public, c’était à l’état, et non aux particuliers ou aux fondations privées, de s’en charger. Mirabeau affirme à mainte reprise que « l’état doit à chacun de ses membres les dépenses du culte ; que le service des autels est une fonction publique ; que, la religion appartenant à tous, il faut que ses ministres soient à la solde de la nation, comme le magistrat qui juge au nom de la loi, comme le soldat qui défend au nom de tous des