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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/814

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ressort de toutes les observations fait bien voir que ces changemens, au lieu d’être brusques et universels, se sont opérés constamment avec lenteur, qu’ils ont été partiels, en un mot, avant de devenir définitifs. Mais puisque les mutations biologiques se sont réalisées par nuances successives, avant de se généraliser elles ont dû nécessairement mettre un temps très long à s’accomplir entièrement. Certaines épaves du passé, il est facile de le constater sous nos yeux, persistent au sein d’un ordre de choses entièrement renouvelé. Chaque fois, en effet, qu’une catégorie d’êtres, auparavant obscure ou subordonnée, a tendu, par voie de migration ou autrement, à s’introduire et à prédominer sur d’autres frappés de déclin et destinés à disparaître plus ou moins vite, une lutte s’est établie entre les nouveaux arrivés, plus jeunes et plus favorisés, et ceux qui, jusqu’alors, avaient été en possession du sol ; mais cette lutte, dont l’issue était cependant inévitable, a dû chaque fois être très longue, la force de résistance répondant à celle de l’attaque, et les vaincus, dans ce combat de la vie, ne cédant que tard et reculant pied à pied devant l’invasion victorieuse. La durée probable du temps employé à ces évolutions, dont les stratigraphes déterminent les échelons, a souvent étonné. On a essayé même de la révoquer en doute, et pourtant l’esprit, après réflexion et à la suite d’expériences réitérées, s’y trouve ramené invinciblement. Lorsque, dans certains dépôts, des feuillets schisteux, aussi minces que les pages d’un livre, accusent l’ancienne présence d’eaux calmes et pures et présentent des insectes ou des plantes intercalés entre ces feuillets, trahissant même par leur juxtaposition une saison déterminée, comment ne pas se dire qu’à peine deux ou trois d’entre eux ont pu se former chaque année, à l’aide d’un limon subtil consolidé par voie chimique ; et lorsque c’est par centaines que chaque fit compte de pareils feuillets et que ces lits se répètent par centaines aussi, de la base au sommet d’une seule assise, comment ne pas admettre d’énormes durées, comment ne pas multiplier les siècles, sans être à même pourtant de rien affirmer d’absolument précis, en dépit des tentatives de certains auteurs, plus enclins à l’esprit de système que réellement éclairés ?

Tant qu’une région déterminée garde ses limites et son orographie, que le calme règne autour d’elle et que les conditions d’où résultent la distribution des accidens du sol et l’économie du climat ne sont pas sensiblement altérées, elle conservera aussi les animaux et les plantes qui lui sont propres, associés dans des proportions qui, une fois fixées, n’éprouveront, même à la longue, que des oscillations renfermées dans d’étroites limites. Mais, si cette région vient à subir des phénomènes perturbateurs, ceux-ci pourront être de deux sortes, intrinsèques ou extrinsèques, c’est-à-dire intérieurs