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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/784

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nouvelle preuve de sympathie à une cause pour laquelle nous avons combattu ensemble. Mais, en réponse à nos rapports officiels, je suis obligé de faire mes réserves pour l’avenir. Un gouvernement est toujours lié par ses antécédens. Voilà onze ans que je soutiens à Rome le pouvoir du saint-père, malgré mon désir de ne pas occuper militairement une partie du sol italien.

« Les circonstances ont toujours été telles qu’il m’a été impossible d’évacuer Rome. En le faisant sans garanties sérieuses, j’aurais manqué à la confiance que le chef de la religion avait mise dans la protection de la France. La position est toujours la même. Je dois donc déclarer franchement à Votre Majesté que, tout en reconnaissant le nouveau royaume, je laisserai mes troupes à Rome tant qu’elle ne sera pas réconciliée avec le pape et que le saint-père sera menacé de voir les états qui lui restent envahis par une force régulière ou irrégulière. Dans cette circonstance, que Votre Majesté en soit persuadée, je suis mû uniquement par le sentiment du devoir. Je puis avoir des opinions opposées à celles de Votre Majesté, croire que les transformations politiques sont l’œuvre du temps, qu’une union complète ne peut être durable qu’autant qu’elle aura été préparée par l’assimilation des intérêts, des idées et des coutumes. En un mot, je pense que l’unité aurait dû suivre et non précéder l’union. Mais cette conviction n’influe en rien sur ma conduite. Les Italiens sont les meilleurs juges de ce qui leur convient et ce n’est pas à moi, issu de l’élection populaire, à prétendre peser sur les décisions d’un peuple libre. J’espère donc que Votre Majesté unira ses efforts aux miens pour que, dans l’avenir, rien ne vienne troubler la bonne harmonie si heureusement rétablie entre les deux gouvernemens. »

Les droits du saint-père étaient, on le voit, l’objet de la réserve la plus formelle, et la reconnaissance de l’Italie par la France ne modifiait en rien le point de vue auquel le gouvernement de l’empereur s’était placé. Cette décision ne constituait ni une approbation du passé, c’est-à-dire de l’envahissement de la Romagne, des Marches et de l’Ombrie, ni une garantie pour l’avenir.

M. Thouvenel, notre ministre des affaires étrangères, écrivait de son côté aux ambassadeurs d’Espagne et d’Autriche, le 6 juin 1861 : « Les plus hautes convenances, je me hâte de le proclamer, s’accordent avec les plus grands intérêts sociaux pour exiger que le chef de l’église puisse se maintenir sur le trône occupé par ses prédécesseurs depuis tant de siècles. »

Plus tard, dans une dépêche du 12 mai 1862, il disait au marquis de La Valette, notre ambassadeur à Rome : « Jamais l’empereur n’a prononcé une seule parole qui fût de nature à laisser espérer au cabinet de Turin que la capitale de la catholicité pût en