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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/717

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Il refuse aux municipalités le droit d’avoir désormais une opinion sur leurs écoles, sur ce qui conviendrait aux populations ; il leur reconnaît par exemple le droit de s’imposer et de payer, si on les y oblige : tout le reste est de l’anarchie, il a dit le mot. Et c’est ainsi qu’en vrai libéral de la nouvelle école républicaine, il comprend la liberté des communes ! S’agit-il de l’enseignement privé, le système est complet. Non, sans doute, M. le ministre de l’instruction publique ne tue pas l’enseignement privé, comme le lui a dit avec une spirituelle ironie M. Jules Simon dans un éloquent discours ; il ne le tue pas, il le réduit seulement à un état maladif où il aura de la chance s’il peut vivre. D’abord l’instituteur privé aura d’assez grandes difficultés pour s’établir ; puis, à peine établi, il sera pris par le service militaire : il n’a plus l’exemption qu’on réserve aux instituteurs publics. S’il parvient à rester dans son école, il relèvera d’un conseil départemental composé de fonctionnaires, où il sera représenté par grâce, et, pour plus de garantie, sans doute aussi par respect pour l’égalité, ses délégués seront désignés par le ministre, tandis que les instituteurs publics choisiront eux-mêmes leurs représentans. Il restera naturellement aussi sous l’œil vigilant de tous les inspecteurs possibles. Bref, moyennant qu’il se tire de tout cela, qu’il échappe au service militaire, aux surveillances, aux inspections, aux délations, aux juges administratifs, le représentant de l’enseignement privé pourra vivre ; il aura tout juste les libertés dont parle Figaro. M. le ministre de l’instruction publique ne s’est pas douté qu’il réalisait dans la loi ce plaisant idéal !

Voilà donc où l’on peut arriver quand on subit cette implacable obsession de l’esprit de secte ! On dirait que ce ministre et cette majorité, également impatiens de précipiter les autres dans la servitude, ont oublié toutes les traditions des libertés françaises. Et si on fait observer à M. le ministre de l’instruction publique qu’il peut rencontrer des résistances, qu’il est pourtant étrange de s’exposer, en pleine république, à voir des instituteurs établis par la force, malgré les populations, il a une dernière réponse : C’est la loi, tout le monde doit respecter la loi ! Comme si l’oppression cessait d’être l’oppression parce qu’elle prend un masque de légalité, ainsi que le lui a dit M. Labiche dans un discours aussi vif que sensé. M. le ministre de l’instruction publique a réussi sans doute ou parait avoir roussi. Il aura sa majorité, il a dans tous les cas le bruyant cortège des radicaux, dont il satisfait les passions. Et après cela le gouvernement en a-t-il plus d’autorité et de force ? Il n’est que plus faible devant tous ceux qui n’out pas précisément l’habitude de respecter la loi. Il a auprès de lui la plus vaine, la plus turbulente des assemblées municipales, qui a la passion de l’illégalité et à laquelle il n’ose même pas toucher. Le conseil municipal de Paris ne cesse de dépasser ses