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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/705

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l’historien, on eût à peine pris plus de-soins pour former un futur évêque, et pour préparer à l’église une lumière de la théologie. Il est probable seulement qu’en ce cas on eût moins exercé le corps du jeune homme, et que la paume, la danse, l’équitation, la chasse eussent été remplacées par des distractions moins violentes.

La véritable éducation est celle qu’on reçoit de la vie : après l’enfant, il restait à former le prince, compléter « l’honnête homme, » comme on disait alors, et, pour ainsi parler, commencer l’apprentissage du capitaine. Au mois de janvier 1636, le duc d’Anguien ayant terminé ses études, vint à Paris faire au roi « sa première révérence, » n’y passa que quelques jours, et rejoignit son père à Dijon, où se préparait l’invasion de la Franche-Comté. Mais les affaires tournèrent assez mal : l’invasion manquée de la Franche-Comté provoqua celle de la Bourgogne ; la peste ou le typhus y entrèrent à la suite des envahisseurs ; sur les instances de sa mère et celles des ministres, — qui craignaient qu’un parti ennemi ne s’emparât de sa personne, — le duc d’Anguien quitta Dijon pour Avallon, puis pour Auxerre. C’eût donc été une année perdue si, dans l’âge de seize ans qu’avait alors le prince, la vue, le contact du monde, l’approche des gens en place et le voisinage enfin du danger, n’avaient évidemment dû mûrir son caractère. Son ardeur commence à poindre dans ses lettres de cette année : « Je lis avec contantement les actions héroïques de nos Roys dans l’histoire, pendant que vous en faites de très dignes pour la grossir, écrit-il à son père, en me laissant un bel example et une sainte ambition de les imiter et ensuivre, quand l’aage et la capacité m’auront rendu tel que vous me désirés. »

On ne sera sans doute pas étonné que de cette sévère discipline, et la part ayant été si petite aux divertissemens, il fût resté au jeune prince un peu de gaucherie et de timidité. Aussi, lorsqu’en 1637 il revint à Paris pour y suivre les exercices de l’Académie royale pour la jeune noblesse, sa mère, Mme la Princesse, le dispensa-t-elle tout d’abord de la venir voir trop souvent, attendu, disait-elle, « qu’il ne faisait pas d’assez bonne grâce son compliment aux dames. » L’hôtel de Condé rivalisait alors de galanterie, à cette heure du siècle, avec l’hôtel de Rambouillet. Quant à l’Académie royale pour la jeune noblesse, placée sous la protection de Louis XIII, nous pourrions l’appeler de nos jours une école de guerre. On y apprenait l’escrime, l’équitation, mais surtout la géographie, le levé des plans, la fortification. « J’ay commencé à tracer sur le papier des fortifications, » écrivait le jeune prince à son père ; et il ajoutait ce renseignement, qui vaut bien son prix : « J’écris tous les jours sous le père Pelletier, qui me dicte un deuxième entretien de la prudance d’un prince, avec les examples de ceux qui ont estes grans et prudans