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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/645

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les plus dignes d’occuper sa pensée ! Quel ennoblissement de toutes ses facultés et de toute son activité ! Que de tentations qui aujourd’hui l’assiègent et qu’il ne connaîtra plus ! Que de forces acquises qui pourront être appliquées à la poursuite des buts les plus élevés ! C’est une ère nouvelle qui commencera pour l’humanité.

Pour tout dire, le transfert de la propriété foncière des mains de ceux qui l’ont usurpée à ses possesseurs naturels, c’est le progrès, le vrai, celui qui est conforme à la loi morale, rendu possible ; c’est la ruine du progrès factice, fondé sur la ruse, la violence, l’égoïsme, dépouillant les uns pour enrichir les autres, renouvelant avec une constance désespérante la clientèle des pénitenciers et des bagnes. C’est la vraie civilisation, succédant à la civilisation mensongère et trompeuse des temps passés, qui sème d’une main cruelle le désappointement et la souffrance sur ses pas et qui menace de nous ramener à une nouvelle barbarie. C’est le règne de l’égalité, si conforme à nos instincts les plus profonds, proclamée dans nos constitutions et dans nos lois, et dont nous parlons si souvent tout en la connaissant si mal.

Ici s’arrête le livre de M. George ; — encore une fois, que l’on nous comprenne bien, c’est lui qui a parlé et non pas nous. Nous avons cherché à résumer à grands traits le programme de réforme sociale qui y est développé et dont l’exposition ne tient pas moins de quatre cents fortes pages. Nous regrettons seulement de n’avoir pu en reproduire que les idées, car Progrès et Pauvreté fait impression par la beauté du langage, par le souffle qui y circule et qui en anime toutes les pages autant pour le moins que par la hardiesse des doctrines.

Ce n’est pas aux romanciers seulement qu’il arrive de refaire plusieurs fois, sous différens noms, le livre qui leur a le mieux réussi. Quiconque travaille à répandre des idées, quiconque veut agir sur les esprits se répète, et, nous dirons plus, doit se répéter. M. George n’a pas échappé à ce genre de nécessité. Il est revenu dernièrement sur les idées consignées dans Progrès et Pauvreté et il a écrit un nouveau livre appelé : Problèmes sociaux, dont une traduction en allemand nous a appris l’existence avant que l’original anglais nous fût connu. C’est dire que ce volume n’a pas passé inaperçu et qu’on s’en est occupé en certains milieux, dans le pays où il a paru et plus loin. Les seules modifications que M. George, dans ses Problèmes sociaux, apporte aux doctrines contenues dans le grand ouvrage qui l’avait précédé et qui reste son manifeste principal, ne touchent guère au fond de sa pensée. Elles consistent dans l’introduction de développemens encore inédits et dans une extension plus grande donnée à sa thèse fondamentale. C’est ainsi qu’après