Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/604

Cette page n’a pas encore été corrigée


eut la dureté de l’acier. Leur force était immense, et ils se plaisaient aux jeux sanglans de Mars ; la mort pourtant les saisit et ils quittèrent la brillante lumière du soleil.

La quatrième race fut celle des héros que la guerre moissonna devant Thèbes aux sept portes, ou qui, armés pour Hélène à la belle chevelure, furent aux pieds des murs de Troie enveloppés par les ombres de la mort. Le puissant fils de Saturne les plaça aux confins de la terre. Exempts de toute inquiétude, ils habitent les îles Fortunées, par-delà les gouffres profonds de l’océan, et, trois fois par an, la terre féconde leur prodigue des fruits délicieux.

Ainsi, les premiers hommes avaient gagné la vie bienheureuse par la justice, et les héros par le courage. Mais le ciel et la terre s’assombrissent. « Plût aux dieux, ajoute le poète, que je ne vécusse pas au milieu de la cinquième génération ! C’est l’âge de fer. Les hommes travaillent et souffrent durant le jour ; la nuit, ils se corrompent, et les dieux leur envoient de terribles calamités. L’Envie à la face blême, monstre odieux qui répand la calomnie et se réjouit du mal, poursuivra sans relâche les humains. La Pudeur et Némésis, enveloppant leurs corps gracieux de tissus éclatans de blancheur, s’envoleront vers la tribu des Immortels, et il ne restera aux humains que les chagrins dévorans. »

D’où viennent ces misères ? De l’envie des dieux. Le ciel reflète la terre : la jalousie des hommes contre tout ce qui s’élève a fait croire à la jalousie des dieux contre tout ce qui grandit. « Les Immortels, dit Hésiode, cachèrent aux hommes le secret d’une vie frugale qui, en un jour de travail, aurait trouvé de quoi subvenir aux besoins d’une année entière. Irrité contre Prométhée qui avait dérobé le feu du ciel pour l’apporter aux mortels, Jupiter lui dit : « Fils de Japet, tu le réjouis d’avoir trompé ma sagesse, mais ton vol sera fatal à toi-même et aux hommes, car je leur enverrai un funeste présent. » Aussitôt il commande à Vulcain de faire, avec de l’argile et de l’eau, une vierge d’une beauté ravissante ; à Minerve, de lui apprendre à façonner de merveilleux tissus ; à Vénus, de répandre sur elle la grâce enchanteresse ; à Mercure, de lui souffler un esprit perfide. Les dieux obéissent. Du limon de la terre, Vulcain forme un corps accompli ; la déesse aux yeux bleus lui donne une riche ceinture ; les Grâces et la Persuasion, des colliers d’or ; les Heures, une couronne de fleurs printanières ; Pallas, de magnifiques parures, et le messager des dieux, l’art du mensonge, les paroles séduisantes et perfides. Il l’appela Pandore, parce que chacun des dieux lui avait fait un don pour la rendre funeste aux hommes industrieux. Par ordre de Zeus, Mercure la conduisit à Épiméthée, qui, malgré les conseils de Prométhée son frère, accepta le dangereux présent. Pandore tenait un vase ; elle l’ouvrit ; mille maux