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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/597

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I. Maury, les Religions de la Grèce antique. — II. J. Girard, le Sentiment religieux en Grecs d’Homère à Eschyle. — III. Fustel de Coulanges, la Cité antique. — IV. Tournier, Némésis. — V. Hild, les Démons.


Il est deux sortes de religions, celles d’un livre révélé et celles de la nature. Les juifs, les chrétiens, les musulmans ont celles-là ; l’Orient et la Grèce eurent celles-ci. Les premières ont leurs racines en un Dieu solitaire et jaloux qui ne tolère rien en dehors de son sanctuaire. Les secondes plongent dans le sein de la nature, d’où sort le grand courant de la vie universelle, et leurs temples s’ouvrent à toute idée revêtue de formes divines. Pour les cultes venus du Sinaï, de Jérusalem et de La Mecque, le développement religieux se fait par le prophétisme, commentaire d’un texte sacré ; dans la Grèce, les révélateurs sont les poètes. Les rocs décharnés et nus qui ne montrent plus aujourd’hui que le squelette de l’Hellade étaient alors couverts d’une végétation luxuriante. A l’ombre des bois, erraient les fauves ; des monts, descendaient les ruisseaux et les fleuves avec des murmures qui semblaient des voix : la vie était partout et la nature conservait sa majesté. Les premiers Grecs ne pouvant encore faire sortir d’elle des lois, en faisaient sortir des dieux. Ils les multipliaient à l’infini, et ils modifiaient leur histoire en recouvrant de parures incessamment enrichies les conceptions nées du spectacle toujours changeant de la nature, ou des traditions apportées de lointains pays.