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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/523

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AVANT-PROPOS [1]

Je ne donnerai point à cet humble récit le nom pompeux de Mémoires, moins encore le nom dangereux de Confessions. Il faut être saint Augustin pour édifier en révélant sa vie intérieure, ses erreurs et ses fautes, ses combats et ses misères ; peut-être même est-il permis de penser que le livre d’un grand docteur n’est pas toujours lu selon l’esprit qui l’a dicté, et qu’on y cherche trop souvent ce qu’il y déplore. Il faut être Rousseau pour se complaire à raconter ce qu’il raconte et pour en tirer vanité ; je crois, comme lui, plus que lui peut-être, que, même après l’avoir lu, nul homme, au jour du jugement, n’aura le droit de dire à Dieu : Je fus meilleur que cet homme-là ; mais c’est chose dont il y a lieu de rougir à part soi, et non de faire étalage.

Quant aux Mémoires, pour peu qu’on ait mis la main aux affaires publiques, on ne peut guère, en écrivant les siens, ne pas écrire, à certain degré, ceux des autres ; on ne peut guère échapper à l’alternative ou d’offenser les vivans, ou de juger les morts sans les entendre. J’éviterai ce double écueil en ne faisant point de l’histoire, en me bornant à recueillir pour moi-même, pour les miens,

  1. L’Avant-Propos que nous reproduisons en tête de cet extrait dit assez quel est le caractère des Souvenirs du feu duc de Broglie, et on ne peut lui reprocher que de le dire trop modestement. Ces Souvenirs, publiés par son (Ils paraîtront prochainement à la librairie Calmann Lévy. En attendant, et avec l’autorisation de l’éditeur, nous en publions un chapitre qui nous a semblé contenir sur les événemens de 1814 et de 1815 des renseignemens d’autant plus précieux qu’on les chercherait inutilement ailleurs. D’autres extraits suivront, au fur et à mesure de la publication.