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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/237

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ment primaire, où il ne s’agit en définitive que de pousser à outrance ce qu’on appelle, d’un mot assez barbare, la « laïcisation » scolaire. A vrai dire, avec un peu de prévoyance politique, avec quelque sollicitude pour la paix morale, le gouvernement aurait pu laisser sommeiller encore cette loi nouvelle par laquelle on prétend en finir avec les influences anciennes et couronner les lois de ces dernières années en introduisant d’une façon définitive et obligatoire l’esprit laïque dans le personnel comme dans le programme de l’enseignement primaire. Le gouvernement avait plus d’une raison sérieuse. D’abord il est bien certain que cette loi, telle qu’elle est, impose à l’état, aussi bien qu’aux communes, de lourdes charges nouvelles, et voter ainsi dans une sorte d’obscurité des dépenses qu’on ne peut même pas calculer, c’est une étrange manière de préparer le rétablissement de l’ordre financier qui est une des premières nécessités publiques, qui est assurément un des premiers vœux du pays. De plus, s’il est un fait que les élections dernières ont rendu évident, c’est que ces lois d’enseignement primaire, telles qu’on les fait depuis quelques années, ne sont rien moins que populaires dans bien des régions de la France. Elles troublent dans leurs habitudes, dans leurs sentimens, les populations rurales qui tiennent à une certaine instruction religieuse, à leurs instituteurs congréganistes, à leurs modestes sœurs enseignantes. Tout récemment encore, dans le Gard et dans quelques autres contrées, le gouvernement, en voulant substituer ses instituteurs ofl&ciels aux frères, aux sœurs, a rencontré la plus vive résistance parmi les habitans, dans les conseils municipaux, et chose étrange, il a fallu employer la gendarmerie pour introduire l’enseignement laïque dans les villages ! Le gouvernement était averti. C’était assurément une raison pour ne rien précipiter. On aurait pu du moins, dans tous les cas, se préoccuper des sentimens des populations, mettre quelques ménagemens dans la loi, s’étudier à organiser un enseignement en dehors des malfaisantes influences de parti et de secte. On a préféré en finir sans plus de retard, aller jusqu’au bout, puisqu’on avait une majorité, faire une œuvTe partiale, étroite, irritante, conçue de façon à ne tenir compte ni des sentimens des populations ni même des vœux des conseils municipaux : c’est la loi nouvelle établissant la (( laïcisation » définitive, obligatoire et immédiate !

Les auteurs de la loi et ceux qui l’ont défendue, M. le ministre de l’instruction publique, le rapporteur du sénat, croient avoir tout dit lorsqu’ils ont inscrit au frontispice de leur œuvre ce mot de neutralité religieuse des écoles, qui à leurs yeux couvre tout, qui leur semble la souveraine garantie. La neutralité, c’est facile à dire ; malheureusement, ce n’est cpi’un mot. Cette neutralité dont on parle, elle prend justement, du premier coup, par la manière dont elle est instituée et