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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/873

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Tout d’abord, ils brillèrent à la cour de Henri III. Bientôt le nouveau prince de Condé appela au secours des réformés Jean-Casimir, fils de l’électeur palatin, Frédéric, en lui promettant, outre des sommes considérables, le gouvernement des Trois-Évêchés : Metz, Toul et Verdun. Le duc de Guise battit Casimir au passage de la Marne à Dormans, mais il ne put empêcher le gros des forces allemandes de pénétrer au cœur de la France. La paix ne fut signée que contre la remise, faite à Casimir, de 600,000 livres en argent et de nombreux bijoux. Il rentra triomphalement dans son pays avec un butin considérable ; il était suivi de chars portant les bijoux, exposés de telle façon que tout le monde pouvait les voir. A partir de ce moment, Henri III engage entre les mains du duc de Lorraine, du duc de Savoie, des ligues suisses de Bâle, du cardinal Farnèse, du duc de Parme, du duc de Florence et de banquiers, tels que Horatio Rucelay, Cénamy et Zamet, la plupart des bijoux du roi et de la couronne. Les emprunts sont faits précipitamment et il serait trop long de rechercher le sort de chacun de ces joyaux ; on constate très facilement leur engagement, mais il est plus difficile de retrouver trace de leur rentrée en France.

Enfin, le désordre arrive à son comble ; Henri III dispose en faveur de ses mignons de sommes importantes et du reste de ses bijoux ; la situation est telle, qu’il ne doit plus subsister une seule pièce dans le trésor de la couronne, car, le 1er octobre 1588, il décharge entièrement sa femme de la responsabilité attachée à la garde des bijoux qu’il a employés, dit-il, « pour garantir des emprunts faits par son commandement. »

Pourtant le trésor de la couronne s’était singulièrement accru. Charles IX avait fait de nombreux achats de pierres au moment de son mariage, et Catherine de Médicis avait donné tout son avoir en bijoux. Henri III n’avait pas été moins large, et nombre de pièces achetées par lui étaient entrées dans les coffres de la couronne. Charles IX et Catherine de Médicis les avaient donnés pour qu’ils restent inaltérables à la couronne, mais Henri III avait introduit dans la donation qu’il fit des siens une clause assez bizarre. Il stipulait qu’au cas où il n’aurait pas d’enfant mâle devant lui succéder comme roi de France, il pourrait disposer de tous les bijoux à son plaisir. Entendait-il par là qu’il voulait les donner à son successeur ? C’est ce que nous laissons au lecteur à deviner.

Les époques qui suivent ne nous ont laissé aucun document : ce qui est certain, c’est qu’au milieu du désordre général, un conseiller à la cour des aydes, le sieur Devetz, parvint à sauver un grand nombre de pierreries qu’il apporta à Mantes, le 19 mai 1591, et qu’il remit entre les mains de Sully, en son château de Rosny. La plupart des objets engagés chez des souverains ou dans des