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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/856

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d’une manière plus affirmative, M. Marc de Haut également, contestent que les confiscations des biens de l’église, des hôpitaux, des couvens, des émigrés, aient accru notablement la part de la petite propriété : ce serait la moyenne seule qui en aurait profité. « On mettait aux enchères les biens ecclésiastiques, tels qu’on les trouvait, tels que l’église elle-même les avait reçus, l’un après l’autre, des pieux donateurs auxquels elle avait succédé : ici une ferme, là un moulin, ailleurs une prairie ou un bois. »

Les recherches de M. de Foville conduisent à des résultats qui tiennent moins de la conjecture. Il ramène d’abord à ses proportions réelles la fortune totale du clergé français sous Louis XVI, et notamment sa fortune immobilière. « C’est une question sur laquelle on a beaucoup raisonné et parfois beaucoup déraisonné. » Les uns parlent d’un revenu de 500 millions, ce qui prouve qu’on peut aisément entasser million sur million quand on n’en a jamais vu et qu’on ignore ce que ce mot signifie. La chambre des députés de 1876, avant la loi sur l’instruction obligatoire, écoutait sans broncher un des rapporteurs ordinaires du budget des cultes affirmer qu’avant 1789 la moitié de la France appartenait au clergé. Le parlement tend à devenir l’asile de ces colossales niaiseries. D’autres écrivains, qui pèchent par une modération trop grande, n’estiment qu’à 60 millions les revenus du clergé avant la révolution. Les calculs de Necker en 1784, qui avait bien quelques raisons d’être bien informé, et ceux d’un observateur circonspect, M. Léouzon Le Duc, en 1881, conduisent au chiffre de 110 ou 120 millions de livres pour le total des revenus ecclésiastiques en 1789. Le domaine immobilier n’entrait que pour la moitié, soit 55 à 60 millions de francs, dans cet ensemble ; mais il faudrait y ajouter les biens qui étaient occupés par les détenteurs ecclésiastiques sans leur donner de rente pécuniaire. M. de Foville estime à 3 milliards la valeur en capital des biens ecclésiastiques à la fin de l’ancien régime, dont 1 milliard en maisons, 1 milliard en bois et 1 milliard en terres. Il n’y eut guère que cette dernière partie qui fut vendue.

Les biens des émigrés s’y ajoutèrent. Le fameux milliard d’indemnités qu’on leur accorda montait exactement à 987,819,960 francs ; mais on n’arrivait à ce chiffre de 987 millions qu’en défalquant un passif de 309 millions, ce qui portait à 1,297 millions la valeur estimée des biens vendus. Ces ventes se sont faites dans des conditions différentes. Dans les adjudications postérieures au 12 prairial an III, l’administration informait toujours le public du revenu que produisait en 1790 chaque immeuble mis aux enchères. Les procès-verbaux portent à 34,620,000 francs le revenu total des 81,455 fonds qui furent aliénés depuis cette époque, et les ministres