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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/845

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de 4 à 8 hectares, 781,474 de 8 hectares à 20 : phénomène curieux, toutes ces catégories d’exploitations, surtout les plus petites, sont en nombre notablement moindre que lors du recensement de 1870. Les exploitations d’une étendue plus considérable se sont, au contraire, multipliées : on en trouve 1,032,000 de 20 à 40 hectares, 1,695,000, les deux cinquièmes du nombre total, de 40 hectares à 200 ; 75,972 exploitations de 200 à 400 hectares et enfin 28,378 de plus de 400 hectares. Il est regrettable que nous n’ayons pas la décomposition de ce dernier chiffre et que nous ne sachions pas combien il se rencontre de capitalistes fonciers qui détiennent aux États-Unis des dizaines de mille ou des cinquantaines de mille hectares. Il est intéressant de voir, sinon la petite propriété, du moins la moyenne, se répandre si rapidement dans un pays qu’on se représente d’ordinaire comme la proie des spéculateurs terriens. Peu à peu ce progrès s’accentuera, et les recensemens du commencement du prochain siècle constateront sans doute le morcellement graduel des exploitations colossales du Far- West américain.

Si l’Amérique et le royaume-uni sont les contrées où la grande propriété se rencontre avec le développement le plus imposant, il ne faudrait pas croire que le continent européen n’offrit pas également à l’observateur des domaines gigantesques. La Hongrie, avec sa population clairsemée et stationnaire, semble le pays du continent où ils foisonnent le plus. Nous ne parlons pas ici de la Russie, sur laquelle manquent les renseignemens récens, et qui, d’ailleurs, se trouve encore dans les conditions d’une contrée toute primitive. Les magnats peuvent presque rivaliser avec les plus fortunés landlords de la Grande-Bretagne. Le prince Nicolas Esterhazy, qui paie 334,629 florins d’impôt, c’est-à-dire au cours actuel du change, 669,000 francs, la famille des Zichy, qui verse au fisc un peu plus de 300,000 florins, les sept membres de la famille Karolyi, dont les impôts atteignent 263,000 florins, 526,000 francs, peuvent sans trop rougir, se présenter à côté du duc de Norfolk, du marquis de Bute, du duc de Buccleugh, du duc de Sutherland et des trente ou quarante autres principaux propriétaires du royaume-uni. Malgré ces énormes domaines princiers, la Hongrie fait à la moyenne et à la petite propriété une part beaucoup plus forte que la Grande-Bretagne. On n’y recense pas moins, en effet, de 2,486,265 propriétaires, ce qui est une proportion considérable pour une population de 13,700,000 habitans. Sur ces 2,486,000 propriétaires, plus des neuf dixièmes, il est vrai, à savoir 2,348,000, possèdent chacun moins de 17 hectares 20 ares de terre ; 118,981 autres, représentant la moyenne propriété, détiennent des exploitations de 17