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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/786

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nous entendons [1] ? Brave et excellent cœur qui voudrait, s’il était possible, garder tous les dangers pour lui !

Le 27 au matin, le temps était calme. Ordre est donné aux deux navires à vapeur le Météore et le Phaéton de prendre chacun une des deux bombardes à la remorque et de les conduire au poste d’embossage qui leur a été assigne. Le Phaéton et le Météore, bateaux à aubes de 100 chevaux, n’ont ni la puissance ni la sûreté d’allures de nos magnifiques pyroscaphes d’aujourd’hui ; plus d’une fois ils ont mis à l’épreuve la patience du chef de l’expédition. « J’ai une bien malheureuse veine, écrit l’amiral, en fait de navires à vapeur : le Phaéton n’a jamais pu marcher trois jours de suite ; le Météore, autre patraque, sans cesse détraquée, redoutant constamment l’ébranlement de son arbre de couche, a eu ses côtes rôties dans la traversée de France au Mexique. » Ingrate marine à voiles, c’est ainsi que tu parlais en 1838 de ces précieux auxiliaires, qui allaient bientôt te supplanter ! Tout éclopés qu’ils fussent, le Météore et le Phaéton, dans la journée du 27 novembre, jouèrent un rôle important : sans eux la hardiesse de s’accoster au récit eût pu, à bon droit, être taxée de témérité ; le succès même n’aurait, aux yeux des marins, absous qu’incomplètement l’amiral. Il n’est donc que juste d’attribuer à ces deux « patraques » une part considérable dans l’heureuse issue de la campagne. L’amiral Roussin aurait fort apprécié leurs services à l’embouchure du Tage.

Suivons-les dans leurs pérégrinations essoufflées ; voyons-les se multiplier pour se rendre utiles : ils commencent par amener à l’est de la petite coupure qui sépare en deux le grand récif de la Gallega, le Cyclope et le Vulcain, lourdes hourques auxquelles soixante-quatorze jours de traversée n’ont pas délié les jambes ; puis ils reviennent offrir leurs services aux frégates. Le Météore prend à la remorque la Néréide, le Phaéton se charge de la Gloire ; l’Iphigénie ne veut avoir recours qu’à ses voiles. Quelques minutes avant midi, la Néréide laissait tomber l’ancre aussi près que possible de l’accore du récif ; la Gloire et l’Iphigénie prenaient leur poste avec une remarquable précision, la première sur l’avant, la seconde sur l’arrière de la Néréide. La Naïade, la Sarcelle, le brick le Voltigeur, se sont échelonnés entre le plateau de la Gallega et l’île Verte : ils transmettront, s’il en est besoin, les signaux de l’amiral à la partie de la division laissée en réserve. La corvette la Créole a reçu l’ordre de se tenir sous voiles, en observation au nord-ouest de la forteresse. Quand on refuse à la frégate la Médée, dont les canons sont des pièces de 18, l’honneur de

  1. Voyez, dans la Revue du 1er février, la Marine de 1812.