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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/707

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Triple-Alliance, avait osé borner le cours des conquêtes du « Roy » dans les Pays-Bas espagnols, Louis XIV en gardait une inexpiable rancune, et « au risque de ce qui pourrait arriver de ces mêmes conquêtes, » — c’est encore lui qui parle, — il résolut de prendre sur ce peuple de marchands une revanche retentissante. C’est même là-dessus que l’on se fonde, que l’on s’est de tout temps fondé pour discuter si Louis XIV, en mettant ainsi sa rancune au-dessus de ses intérêts, n’engagea pas la politique française dans une voie plus dangereuse encore que nouvelle. M. Louis Pauliat vient changer tout cela : « Lorsque Louis XIV effectuait ce passage du Rhin si emphatiquement chanté par Boileau,.. qu’on n’aille pas croire qu’il visait à étendre son royaume dans le nord ou à se venger d’épigrammes ridicules… Ce à quoi il songeait au-dessus de tout, c’était uniquement à prendre un pied sérieux aux Indes et à s’y substituer aux Hollandais. » Telle est la vraie cause de la guerre de Hollande, la seule, dit M. Pauliat, et dont personne avant moi ne s’était avisé. Louis XIV avait engagé des fonds dans les entreprises de la compagnie des Indes et il voulait les faire fructifier, ce qui n’était possible qu’en prenant aux Indes « le pied sérieux » qu’y avait la Hollande. Mais si M. Pauliat avait raison, s’il s’agissait de ruiner le commerce hollandais, pourquoi donc lui-même trouvait-il si plaisante l’opinion de ceux qui n’ont voulu voir dans cette grande guerre qu’une « guerre de tarifs ? » Et en supposant que le rêve ou l’espoir qu’il dit ne fût pas étranger aux résolutions de Louis XIV, — attendu que quand on fait la guerre, ce n’est pas « au premier sang, » et pour faire à son ennemi un mal précis et limité, mais le plus de mal possible, — en quoi cette cause empêche-t-elle qu’il y en ait en d’autres ? C’eût été le chef-d’œuvre, en vérité, si Louis XIV eût eu l’art de se faire payer pour avoir accompli sa vengeance ! Car enfin, dites-moi la rage que l’on a de vouloir que de grands événemens n’aient qu’une cause, et qu’une seule cause, et qu’une toute petite cause ? M. Pauliat ignore donc que dans toute philosophie de l’histoire, dans celle même de Pascal et de Bossuet, la notion de cause est multiple ; que tout s’entretient et tout se combine ; qu’une guerre « de tarifs » peut être une guerre « de conquêtes ; » une guerre « politique, » en même temps « religieuse, » et les intérêts matériels trouver enfin leur satisfaction dans l’assouvissement d’une rancune !

Ce n’est pas tout, et M. Pauliat a encore découvert autre chose ; Louis XIV, pour « monter » la compagnie des Indes occidentales, « recourut aux mêmes procédés dont se servent de nos jours les hommes de Bourse ! » Par son ordre, l’académicien Charpentier fut chargé d’écrire une brochure : Touchant l’établissement d’une compagnie française pour le commerce des Indes ; on essaya d’intéresser d’abord à l’entreprise le commerce de Paris ; on rédigea de véritables circulaires pour attirer