Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/648

Cette page n’a pas encore été corrigée


Valazé ; dans la Convention Vergniaud, Guadet, Buzot ; aux armées Dumouriez, Custine ; pendant toute la campagne, les officiers aristocrates.

L’organisation de toutes les troupes de la république en demi-brigades pouvait offusquer « les généraux perfides, les intrigans fédéralistes ou les royalistes cachés ; » pour les patriotes, ses principes sont clairs et républicains, ses motifs pressans, son exécution facile. Elle détruira jusque dans leurs racines ces préjugés de corps, cet esprit des troupes de ligne qui faisait que les officiers sortis des anciens corps étaient tentés de se croire d’une caste différente des volontaires.

Sans doute on a déjà mis en vigueur la partie de la loi du 21 février relative à l’avancement. Mais « le défaut de réunion des trois bataillons en demi-brigades n’a pas permis aux individus qui les composaient d’étendre leurs choix au-delà de la sphère de leurs corps respectifs, souvent si affaiblis que nous avons des bataillons où il se trouve plus d’officiers que de soldats. »

La fusion ne s’est pas faite ; elle ne se fera que le jour où beaucoup d’officiers et de sous-officiers de la ci-devant troupe de ligne auront, soit par ancienneté, soit au choix, pris un rang supérieur dans les bataillons de volontaires et y auront porté leur expérience et leurs talens, et qu’en revanche la ci-devant ligne comptera parmi ses chefs beaucoup d’ex-officiers de volontaires qui lui infuseront « leur amour brûlant des principes de liberté et d’égalité. »

Le désordre est à son comble, et comment en serait-il autrement avec cette masse de corps sans cohésion et sans administration régulière ? Tel bataillon est composé de vingt-sept officiers et de trois soldats ; tel autre, qui n’a pas cent hommes, est payé au complet. Aucun commissaire général, aucun chef d’état-major n’a pu, jusqu’ici, ou voulu transmettre au bureau de la guerre l’effectif des corps confiés à sa surveillance.

C’est ainsi que l’armée, toute déguenillée, manquant de bas et de souliers, coûte 300 millions de plus qu’elle ne devrait coûter, pourvue de tout.

L’amalgame seul peut mettre un terme à ce chaos. Maintenant veut-on que cette grande opération réussisse ? Ce n’est pas aux généraux qu’il faut la confier, comme le propose le ministre. Ils ne sauraient apporter à cette tâche compliquée le soin, le désintéressement et la hauteur de vues nécessaire. D’ailleurs en auraient-ils le temps ? Ce n’est même pas aux représentans déjà en mission. Assez d’autres travaux les absorbent. « C’est une horloge à monter. Si vous voulez que ses mouvemens soient réglés, ne confiez pas les pièces de son mécanisme à soixante mains différentes et surchargées de travaux. »