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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/541

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flatteries, les menaces ne nous intimideront pas davantage. Nous n’avons pas la prétention d’être les précepteurs des autres pays, mais nous ne souffrirons pas qu’on nous fasse la leçon. Les alliés de Salzbourg ont décidé de ne pas permettre qu’aucune question soit résolue autrement qu’ils ne l’entendent ; eh bien ! qu’ils le sachent, nous ne tiendrons aucun compte de leurs résolutions ; qu’ils le prennent en bien ou en mal, nous garderons notre volonté, et nous savons ce que nous voulons. »

Les journaux de Vienne qui puisaient leurs inspirations à Berlin, à la caisse des reptiles, n’étaient pas moins violens ; ils s’appliquaient à énumérer avec d’outrageans commentaires tous les désastres que la maison d’Autriche avait retirés de ses alliances avec la France. Ils se plaisaient, dans une pensée odieuse, à évoquer le spectre de l’empereur Maximilien ; ils le montraient présidant aux entretiens des deux souverains.

M. de Bismarck, maître de lui-même, avait longtemps dissimulé son déplaisir et ses craintes [1]. Il attendait pour éclater que sa

  1. Dépêche d’Allemagne (21 août 1867). — « La diplomatie prussienne est plus vivement préoccupée de l’entrevue de Salzbourg qu’elle ne l’avouait il y a quelques jours. Elle se montre inquiète, je dirai même nerveuse, et les ovations dont l’empereur a été l’objet en Wurtemberg et en Bavière ne font que l’agacer davantage. M. de Bismarck, qui cependant n’est pas facile à émouvoir, n’échapperait pas à la contagion de ses agens ; il verrait dans la rencontre des deux souverains un danger sérieux pour la politique qu’il poursuit en Allemagne.
    « Les lettres du prince Gortchakof ne tendraient pas à le calmer, elles montreraient M. de Beust disposé à tout écouler et prêt à tout signer. Aussi le chancelier s’arrêterait-il aux résolutions les plus énergiques. Il aurait l’intention de mettre, dès à présent, les cours secondaires au pied du mur, de leur demander de compléter leurs engagemens et de prendre avec lui toutes les mesures que l’éventualité d’une guerre pourrait rendre indispensables ; ces négociations ne laisseront pas d’être délicates, car les cours dont il réclame l’assistance aveugle et illimitée seront, après l’entrevue de Salzbourg, moins disposées encore que par le passé à aliéner le peu de liberté qui leur reste. Fidèle à sa tactique, qui consiste à toujours prendre l’offensive, le chancelier ne se bornerait pas à s’expliquer avec les cours du Midi ; il interpellerait le gouvernement français et le gouvernement autrichien sur la portée de l’entrevue. Il s’attendrait à des explications tranquillisantes, mais il ne se tiendra pour satisfait, dit-on, qu’autant que l’un des deux empereurs se prêterait, par une visite au roi, à la contrepartie de Salzbourg. Cette visite aurait pour sa politique plus d’un avantage : elle consacrerait ce qui, depuis un an, s’est fait en Allemagne et elle serait, pour les populations allemandes le commentaire le plus significatif donné aux tentatives d’alliance entre la France et l’Autriche.
    « On dit que l’échange des communications entre Pétersbourg et Berlin n’a jamais été plus fréquent et que la réunion d’un congrès de souverains allemands sous la présidence du roi de Prusse, et dont le grand-duc de Bade aurait pris l’initiative, serait arrêtée pour le mois de septembre.
    « M.de Beust est l’objet de violentes attaques ; on le fait passer pour traître à son pays et à la patrie allemande, qu’on s’applique à confondre avec l’Autriche dans une même pensée… En soulevant contre lui les passions, dans la presse et dons les assemblées populaires, on espère sans doute le renverser du pouvoir. »