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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/532

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ombrageux, nos arrière-pensées et le pousser à des résolutions violentes sous la menace incessante d’une alliance dont la conclusion n’était rien moins que certaine. Mais l’isolement pesait à l’empereur, il substituait ses désirs à la réalité et subordonnait la prudence au sentiment.


II

On ne parlait plus à la cour que de l’empereur François-Joseph et de l’impératrice Elisabeth. Leur visite, annoncée officiellement pour le 25 juillet, était l’événement impatiemment attendu. On se préparait à les accueillir comme des hôtes préférés, avec la cordialité la plus démonstrative. Mais il était dit que les Tuileries ne connaîtraient plus les joies sans mélange.

Déjà, dans les derniers jours de juin, des bruits sinistres avaient couru sur le sort de l’empereur Maximilien. On se refusait néanmoins à croire à un dénoûment sanglant, on espérait encore qu’il serait conjuré par l’intervention des Etats-Unis et par la rançon offerte par la maison impériale d’Autriche, tandis que le drame s’était dénoué, dès le 19 juin, par l’odieuse exécution de Queretaro.

Le 1er juillet, au moment où l’empereur pénétrait au palais de l’exposition universelle pour présider à la distribution solennelle des récompenses, le prince de Metternich lui remit une dépêche de son gouvernement qui ne laissait plus de doute sur la fin tragique du frère de l’empereur François-Joseph. La sinistre nouvelle s’était répandue dès le matin. La tristesse planait sur la fête du Champ de Mars. Les esprits anxieux étaient hantés par de sombres présages, l’avenir apparaissait menaçant : tout disait que les beaux jours de l’empire étaient passés et que la France bientôt expierait durement une gloire et une prospérité éphémères.

La fortune, jadis si prodigue envers Napoléon III, semblait avoir décrété sa perte ; elle le frappait à coups redoublés en se jetant à la traverse de toutes ses conceptions. Dans la lettre émue qu’il adressa à l’empereur d’Autriche, il n’atténua pas la responsabilité morale qui rejaillissait sur son gouvernement de la mort de Maximilien. « Dieu, disait-il, qui voit et juge les souverains, connaît la pureté des mobiles dont je me suis inspiré en associant l’archiduc à une grande entreprise digne de ses rares qualités. » Il espérait, et c’était sa consolation, que cette mort cruelle, loin de briser l’entente entre les deux pays, la consoliderait en lui donnant la consécration d’une commune douleur.

On s’attendrit à Vienne sur le sort du frère de l’empereur, mais les larmes furent vite séchées ; l’archiduc Maximilien n’était pas populaire, il portait ombrage. La cour d’Autriche se refusait à rendre la politique française responsable de la catastrophe. « Soyez