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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/921

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bouche du sultan la confirmation des réponses que nous avons obtenues. Nous avons pris alors congé de Si-Mohammed-ben-Larbi et nous l’avons laissé rejoindre ses femmes, ses tambourins, son thé à l’ambre et son hachich.

Maroc, le 15 mars.

Le sultan nous a reçus ce matin en audience. A neuf heures, un kaïd, en grand apparat, acccompagné d’une escorte nombreuse, est venu nous chercher à cheval et nous a conduits au palais. Au milieu de ce luxe de brillans costumes, de harnachemens chargés d’or et d’argent, d’armes étincelantes, nous faisions, mon collègue et moi, bien triste figure, serrés dans nos uniformes diplomatiques noirs bordés au collet et aux paremens d’une étroite broderie d’or.

La résidence du chérif marocain est à elle seule une ville, entourée de remparts, encombrée de constructions et coupée de jardins. Par les grandes portes ogivales qui découpent entre leurs parois rouge-brique des pans de ciel bleu, notre cortège entre dans la cour centrale, une vaste place carrée. Dans un coin, sous des arcades, les ministres, les kaïds et les hauts fonctionnaires se tiennent accroupis, traitant oralement les affaires publiques et prêts à se présenter à tout appel du maître. Au milieu de la cour attendent, les pieds entravés, des chevaux caparaçonnés de toutes couleurs et des mules couvertes de larges selles en drap rouge.

Le long des murs, en pleine lumière, trois ou quatre cents soldats du « Maghzen » et de la garde de l’empereur dorment ou fument, et tandis que la blancheur de leurs burnous se confond avec celle de la muraille, leurs longs fez pointus font une ligne rouge, comme des pimens séchant au soleil.

Nous traversons la cour jusqu’à une petite porte ouverte dans l’un des angles, et le kaïd-el-Mechouar, maître des cérémonies, court prévenir son souverain de notre présence, Et pendant que nous attendons là quelques instans, deux panthères apprivoisées s’approchent lentement de nous, tournant avec curiosité autour de ces inconnus dont les costumes sont différens de ceux auxquels elles sont habituées ; elles nous regardent fixement, s’étirent avec une nonchalance voluptueuse, ouvrent toute grande leur gueule écarlate, et, tirant leur langue râpeuse, arrachent de leur gosier un grognement fort déplaisant à entendre.

« Kallem-Sidna, notre maître vous appelle, » nous dit le kaïd-el-Mechouar en se prosternant à terre, et il nous introduit dans un petit pavillon en bois par-devant sa majesté.

Sa majesté chérifienne trône accroupie sur un large canapé tendu