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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/808

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embarcations de la défense fixe, munies soit de torpilles Whitehead, soit de canons Hotchkiss, soit d’appareils photo-électriques, viendront les protéger ; mais dans les parages de nos ports de commerce, rien de pareil aux batteries et à la défense fixe n’existe en ce moment. Il serait pourtant bien aisé de créer un système de protection efficace : il suffirait d’inviter les constructeurs à renforcer un peu les avans de leurs embarcations à vapeur et à y placer des supports soit pour des Hotchkiss, soit pour des tubes de lancement, soit pour des appareils photo-électriques. En temps de guerre, l’état s’empresserait de réquisitionner ces embarcations, comme il réquisitionne les chevaux de l’agriculture. Toutes seraient classées et numérotées d’avance pour que la mobilisation se fit sans retard. Chaque année, une commission composée d’un officier de vaisseau du port militaire voisin, de l’officier capitaine du port, d’un commissaire de la marine, constaterait dans chaque port de commerce l’état de ces embarcations. Dans les ports militaires, on préparerait le personnel et le matériel destinés à les armer dès l’ouverture des hostilités ; on pourrait conserver leur personnel chauffeur et mécanicien. Le soutien des torpilleurs au large serait ainsi assuré sur presque toutes les côtes, ou du moins sur tous les points importans des côtes. Jusqu’ici on n’a pas pris une seule de ces mesures ; que disons-nous ? on n’a même pas songé à les prendre. Pour excuser une aussi inconcevable négligence, le ministère de la marine ne saurait donner qu’une raison, c’est que, n’ayant même pas le matériel indispensable aux bâtimens de guerre, chercher à en fournir à ceux du commerce serait de sa part une folie. A l’heure actuelle, quand un navire arrive au port, on s’empresse de lui enlever son artillerie pour la mettre à bord d’un autre navire. Tout récemment encore, on a été obligé de débarquer les approvisionnemens et les munitions pour canons-revolvers de tous les bâtimens du port de Toulon afin de les envoyer au Tonkin. Et notre budget de la marine atteint près de 200 millions ! Et le pays qui fait de pareils sacrifices s’imagine, hélas ! être prêt à repousser les dangers qui risquent toujours d’assaillir une grande nation quand ses rivaux, mieux instruits qu’elle, connaissent sa faiblesse véritable et son impuissance mal déguisée !

Les Russes et les Anglais ont depuis longtemps procédé au classement de leurs navires de commerce. SI. Normand a construit pour les premiers, dès 1877, de véritables croiseurs en acier filant 18 nœuds, qu’ils appellent des paquebots postaux, mais qui seraient, grâce à leur vitesse et aux officiers de marine qui les commandant en temps de paix, les plus redoutables des écumeurs de mer. Les paquebots russes et anglais sont installés de manière à pouvoir être