Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/806

Cette page n’a pas encore été corrigée


lui sont faites, ou à donner les motifs qui tendraient à les faire repousser. » La chambre de Dunkerque accepta, après discussion, l’acquisition de deux torpilleurs, se fondant sur les deux considérations suivantes : « 1° qu’il est du plus haut intérêt pour les ports de commerce d’assurer la protection des navires qui les fréquentent, et de posséder pour leur usage exclusif de redoutables moyens de défense ; 2° que les arméniens analogues qui se poursuivent dans les ports étrangers, et notamment en Allemagne, sont une indication précise que la France a le devoir de prendre pour elle-même des précautions identiques, sous peine de se voir, à un moment donné, réduite à un état d’infériorité dont les conséquences pourraient être désastreuses pour le pays. » Mais comment réaliser les 400,000 francs nécessaires à cette acquisition ? Après examen, discussion et rejet des diverses combinaisons présentées, la chambre décida : « 1° que le ministre de la marine serait informé par lettre que l’acquisition de deux torpilleurs, pour la défense du port de Dunkerque et de ses abords, était admise en principe ; 2° qu’il serait écrit à MM. les ministres du commerce et des travaux publics, pour leur demander de vouloir bien indiquer sur quelles ressources il serait possible de s’appuyer pour résoudre la question financière. » Par dépêche, en date du 21 avril 1883, le ministre du commerce, en réponse à la demande que lui faisait la chambre d’indiquer sur quelles ressources on pourrait imputer la somme de 400,000 francs nécessaire au premier achat des torpilleurs de la défense locale, déclara qu’il ne voyait aucune combinaison financière qui permit cette acquisition.

Cette fin de non-recevoir a été inspirée, nous l’espérons du moins, par des considérations d’un ordre supérieur aux motifs purement financiers qu’invoquait le ministre du commerce. L’espèce de décentralisation maritime dont on voulait faire l’épreuve était une idée médiocrement heureuse. Il nous paraîtrait bien mauvais de créer, à côté de la défense nationale, des défenses particulières incompatibles avec les nécessités de la guerre moderne. La défense des côtes doit être organisée d’après un plan d’ensemble mûrement étudié en temps de paix, pour être mis aisément à exécution en temps de guerre. Nous avons dit qu’à notre avis la marine seule pouvait s’acquitter de cette mission à l’aide de ses défenses fixes et de ses défenses mobiles transformées. C’est à elle de fournir, non-seulement les hommes et les armes nécessaires à la protection de chaque port, mais encore les bateaux sur lesquels on les placera. On ne s’est pas encore avisé de demander à nos villes frontières de construire elles-mêmes leurs fortifications. Il n’y a pas plus de raisons pour inviter les