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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/801

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sera facile ; des ingénieurs distingués des constructions navales consentiront sans peine à en faire partie. Deux ou trois de nos officiers de vaisseau seraient aussi d’excellens ingénieurs-torpilleurs. Mais c’est évidemment surtout parmi les ingénieurs qu’il faudra faire des recrues. Peut-être pourra-t-on choisir encore quelques mécaniciens. On nous objectera sans doute que notre réforme n’est pas bien profonde, puisqu’elle consiste uniquement à donner une nouvelle organisation à des élémens qui existent déjà. Mais, pour nous, l’essentiel est d’avoir un corps constitué, dirigeant, autonome, et des ateliers distincts. De cette manière, nous créons la responsabilité, qui n’est nulle part aujourd’hui. A l’heure actuelle, encore une fois, le directeur du matériel est le grand chef des torpilles : a-t-il le temps de s’occuper de leur matériel accessoire et infime comparé au gigantesque matériel des constructions navales ? En eût-il le temps, ne verrait-il pas avec une défiance instinctive l’arme nouvelle qui risque de rendre inutiles et irréalisables les beaux plans qu’il caresse pour la construction de merveilleux cuirassés ? Enfin, ce que nous demandons en faveur de la torpille, c’est Je régime du canon. Ce dernier ne sera bientôt pas plus important qu’elle, et puisqu’on a des hommes spéciaux pour diriger le service de l’artillerie, n’est-oi pas naturel d’en avoir aussi pour le service des torpilles ? On ne saurait croire combien l’organisation ou plutôt la désorganisation actuelle est fatale à tout progrès. Ainsi, par exemple, à l’heure présente, c’est, comme on le sait, un sous-ingénieur qui est chargé de l’atelier des torpilles. Ce sous-ingénieur rend compte de ce qu’il fait à son chef de section, lequel en rend compte au directeur des constructions navales de Paris. Il reçoit des ordres par la même filière. Or le directeur des constructions navales a bien autre chose à faire qu’à s’occuper des infiniment petits de la marine. Que sont, à Toulon, les torpilleurs à côté du Foudroyant, du Caïman, de ces immenses machines qui engloutissent tant de soins, tant de génie et tant de millions ? Les quelques dépêches ministérielles qui arrivent au sujet des torpilles et des torpilleurs sont mises à exécution plusieurs années après leur arrivée ; on voit des torpilleurs passer des mois entiers sur cale pour recevoir certaines réparations qui auraient dû être terminées en quelques jours. Les officiers torpilleurs qui voudraient faire réparer leur bateau s’usent en efforts stériles au bout desquels ils n’ont que des ouvrages imparfaits, incomplets, jamais finis. Ils se butent contre une force d’inertie d’autant plus grande que la responsabilité n’existe pas. La responsabilité des retards ou de l’inexécution des travaux ordonnés ne pourrait retomber que sur le directeur des constructions navales. Mais son chef à Paris, le