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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/791

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système ordinaire, ce qui a coûté très cher et retardé d’au moins deux mois l’entrée du torpilleur en escadre. On se demande, en vérité, si un ministre n’est pas fait pour trancher des questions pareilles, après les examens et les études qu’elles comportent, et si à vouloir contenter Toulon et Cherbourg, on satisfait au bon sens et au devoir !

Nous possédons en France un matériel de torpilles qui ne peut qu’augmenter, malgré les répugnances du ministère de la marine pour une arme ayant le grave défaut de déranger toutes les traditions, toutes les habitudes des bureaux. Quoiqu’il ne soit encore qu’à l’état embryonnaire, il représente une valeur d’au moins 40 millions abandonnée, sans discrétion, a des commissions diverses, à un personnel changeant dont la responsabilité est nulle, dont les efforts impuissans ne peuvent aboutir qu’à la confusion la plus complète. Sur les six cents torpilles automobiles que nous possédons, trois cents ont besoin d’être transformées pour être mises en usage ; elles sont d’un modèle suranné qu’il serait d’ailleurs très facile de modifier, si notre atelier de réparations d’Indret ne fonctionnait pas dans des conditions détestables. Il y a plus d’un an que la nécessité de cette transformation est reconnue, et c’est tout juste si quatre torpilles l’ont subie ! Les trois cents autres torpilles errent dans nos divers ports ou sur nos bâtimens, mal réglées, mal entretenues, et restant, par suite, d’une efficacité problématique. Si l’on doutait de ce que nous disons là, nous n’aurions qu’à rappeler certains tirs faits en escadre et l’état lamentable dans lequel certaines torpilles embarquées sur tel cuirassé ont été trouvées lorsqu’elles ont été remises à l’atelier du port. C’est là un fait des plus graves. Plus on étudie le problème du bateau torpilleur, plus on demeure convaincu qu’il faut, pour rendre utile la tâche si périlleuse du combattant, qu’il soit sûr de l’engin qu’on place entre ses mains ; il est indispensable qu’il aille à l’attaque avec la certitude de la victoire ; la fuite d’un torpilleur qui a manqué son assaut est des plus difficiles ; le capitaine ne doit même pas y songer ; il ne doit prévoir que le succès ; il doit être persuadé que, ses torpilles tirées, il n’aura plus affaire qu’à un cuirassé coulant bas. Or, peut-il en être ainsi alors que nous n’avons qu’un type de torpilles automobiles, la torpille Whitehead, construite à l’étranger par un étranger, connue de tout le monde aussi bien que de nous, et tellement délaissée chez nous que peut-être est-il permis de dire que nous ne savons même point l’entretenir ? Nous sommes, à l’heure actuelle, la seule puissance qui ne possède pas une usine spéciale pour les torpilles et qui ne cherche pas à y apporter des perfectionnemens soigneusement tenus secrets. L’Allemagne se vante, et