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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/781

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doit être organisé de manière à la seconder sans l’entraver jamais, les Allemands ont raison de lui accorder une autorité pleine et entière. Seule elle peut préparer la défense avec ordre et méthode ; seule aussi, comme le pensent toujours les Allemands, elle peut prévoir les intentions de l’ennemi, deviner le but où tendent ses manœuvres, apprécier, au moyen de ses éclaireurs, sa force et ses projets, disposer ou modifier enfin la résistance d’après le plan d’attaque qui résulte de cet ensemble d’observations.

On ne parait pas s’être préoccupé jusqu’à présent en France de cette nécessité de tenir compte avant tout de la marine dans la défense de nos côtes. De là des erreurs bien regrettables qui ont eu, entre autres inconvéniens, celui de coûter des sommes énormes sans beaucoup de profit ; de là aussi des négligences qui risqueraient fort de nous devenir fatales au jour de danger. En construisant les batteries des côtes, on s’est assez peu soucié des services qu’elles seraient appelées à rendre. On a élevé des forts superbes, mais souvent fort mal placés et à des hauteurs telles qu’il est aisé d’éviter leur feu en longeant rapidement le rivage. Ils sont jusqu’ici mal armés, soit qu’ils n’aient pas encore reçu leurs canons, soit que ces canons ne soient pas assez puissans. Personne n’est d’ailleurs bien fixé sur la manière de faire concourir leur artillerie, lorsqu’elle sera placée, à repousser une attaque sur le front de mer. La nuit, la visée est impossible ; le jour, il est plus impossible encore de laisser les forts tirer dans toutes les directions, car alors, encore une fois, les embarcations de la défense et les torpilleurs se trouveraient paralysés. Si la marine avait été chargée de la défense des côtes, on aurait peut-être étudié plus sérieusement, avant de les construire, l’usage à faire de chacun des ouvrages qui protègent ou plutôt qui sont censés protéger nos ports de guerre. Et si cette étude avait été bien faite, on n’aurait pas construit la moitié de ces ouvrages qui ne sont bons à rien et qui coûtent des prix excessifs. Un torpilleur de 200,000 francs vaut mieux pour la protection d’une rade qu’un fort de plusieurs millions. L’économie eût été considérable. Quant à nos ports de commerce, on aurait certainement songé à les défendre. Mais comme ils n’entraient pas, comme ils ne pouvaient entrer dans le plan des opérations de la guerre continentale, ils ont été absolument délaissés par l’armée, qui se bornait à y mettre des garnisons, et par la marine, qui ne pensait qu’à ses propres établissemens. Marseille, Bordeaux, Saint-Nazaire, Le Havre, Dunkerque, etc., sont à la merci de la plus faible attaque. Rien n’a été préparé pour les en garantir. Nous avons vu, dans la guerre de 1870-1871, une corvette prussienne capturer un navire de commerce à l’entrée de la Gironde, et cette insulte, pourtant si grave, a été tellement oubliée que, depuis quatorze ans