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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/777

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quelques torpilleurs et par quelques canonnières qui ne rencontreraient devant eux aucun obstacle. La France est vulnérable sur trois mers. Mais cette ceinture de flots, qui, suivant la magnifique expression de Berryer, viennent, en battant ses rivages, solliciter son génie et éveiller eu elle le goût des entreprises lointaines, est aisée à forcer de toutes parts. Ce n’est pas, ou du moins ce n’est plus une frontière qui la défende, et nous ferions preuve d’une grande légèreté si, après avoir couvert nos provinces de l’Est de fortifications presque continues, nous laissions sans protection les côtes de la Manche, de l’Océan et de la Méditerranée. Est-ce à dire que nous demandions qu’on y multiplie les forteresses comme on les a multipliées sur les Vosges ou sur les Alpes ? Non, certes ! Les forteresses ne nous manquent point ; après tout ce que nous avons dit de l’inefficacité des bombardemens, on comprendra que nous regardions les forts comme insignifians ; nous ne sommes pas partisans des ouvrages blindés ; sur terre comme sur mer, nous répugnons aux grandes constructions aussi coûteuses qu’impuissantes. Mais la torpille est l’arme de la défensive aussi bien que de l’offensive ; c’est elle qui doit préserver, outre nos arsenaux et nos grands établissemens militaires, nos ports de commerce, nos riches cités du littoral, aujourd’hui sans défense et toujours exposés à un coup de main, à un bombardement, à un incendie : tâche qu’elle remplira beaucoup mieux que de lourdes murailles, que les masses de pierre et de fer qu’on ne saurait songer, d’ailleurs, à élever partout.

La première question que nous ayons à résoudre est celle de savoir à qui doit être confiée la défense des côtes. A l’heure actuelle, elle est partagée entre la marine et l’armée. La défense des arsenaux appartient aux préfets maritimes, qui ont le titre de commandans en chef et qui commandent, en effet, à toutes les troupes, quelles qu’elles soient, comprises dans la zone de ces arsenaux. Cette zone est nettement délimitée pour chacun d’eux. Pour Toulon, par exemple, elle s’étend à l’est jusqu’aux îles d’Hyères, à l’ouest jusqu’à Ollioules, au nord jusqu’au deuxième plan des collines, qui, sous le nom de la Côte Noire, forment un massif couronné de forts dominant et la mer et la vallée du chemin de fer de Marseille à Nice. L’autorité du préfet maritime s’exerce dans le rayon de chaque place forte, et l’artillerie de marine, placée sous ses ordres, occupe un certain nombre de forts et de batteries particulièrement destinés à la protection de l’arsenal. Mais ces forts et batteries de la marine, quel qu’en soit le nombre et l’importance, ne constituent qu’une partie de la défense de Toulon, et cette défense est complétée, du côté de la terre, par les forts et les batteries de la guerre qui font de notre grand port