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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/721

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Saint-Pétersbourg, et par un accord ou arrangement auquel on n’a pas même réussi à donner un nom, la Russie a promis de rester tranquille dans la position qu’elle a prise, à la condition toutefois que les troupes de l’émir ne feraient, de leur côté, aucun mouvement ou qu’il ne surviendrait aucune circonstance extraordinaire. L’accord était assurément bien peu sérieux, bien peu décisif, il n’impliquait aucune garantie, et M. Gladstone lui-même a laissé naïvement entrevoir ce qu’il en pensait. Lorsque le chef du cabinet a été interrogé dans le parlement, lorsqu’il a été pressé de s’expliquer sur la nature, sur la durée éventuelle d’un acte qui n’est point un acte, qui n’est qu’un échange d’impressions du premier instant entre deux gouvernement, il a fini par répondre, non sans quelque impatience, que le compromis durerait ce qu’il pourrait. On s’est tenu pour suffisamment éclairé par la réponse ! Ce n’était évidemment qu’un moyen de gagner du temps ; une négociation plus sérieuse s’est ouverte aussitôt pour en revenir à des procédés moins sommaires ou plus réguliers, au projet de délimitation pacifique par une commission représentant les deux puissances. L’Angleterre, sous prétexte d’entrer en explications au sujet d’une ancienne dépêche russe, a envoyé une note à Saint-Pétersbourg ; la Russie a promis de répondre, elle a commencé par prendre son temps. En réalité, la situation, après avoir passé en quelques jours par toute sorte de phases, reste assez critique ; elle s’est même peut-être aggravée. Qu’est-il arrivé, en effet ? L’opinion anglaise a fini par se passionner singulièrement, par accepter avec résolution l’idée d’une lutte pour la défense de l’empire britannique menacé d’un péril évident en Asie, et le gouvernement lui-même, tout en négociant, ne laisse pas de subir la pression de l’opinion. Déjà des forces militaires d’une certaine importance ont été dirigées sur les frontières aux Indes, et un acte tout récent de la reine rappelle une partie des réserves de l’armée sous les drapeaux. La Russie, de son côté, n’entend pas non plus être prise au dépourvu et ne reste pas inactive ; elle fait ses mouvemens et rassemble des troupes : de sorte que la négociation se poursuit au bruit de ces arméniens préliminaires qu’on exagère même peut-être un peu. Ce qui complique vraiment les choses, c’est que dans ces contrées où domine la force, les deux puissances sont également obligées, jusqu’à un certain point, pour leur propre sûreté, de ne rien faire qui ressemble à une retraite ou à une faiblesse. Si l’Angleterre rappelle l’émir de Penjdeh, elle risque de perdre son prestige, non-seulement dans l’Afghanistan, qui peut lui échapper, mais dans tout son empire ; si la Russie quitte ses positions et recule, elle perd son ascendant sur les Turcomans. C’est par ces raisons, aussi bien que par des arméniens toujours dangereux, que la situation est devenue et reste peut-être assez grave.

Faut-il en conclure que la guerre est nécessairement sur le point