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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/716

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droit d’amendement et de révision : c’est cette éternelle affaire du scrutin de liste que la chambre des députés vient d’expédier, qui n’a pas eu le privilège de passionner, d’intéresser l’opinion, parce qu’en définitive dans cette discussion assez artificielle et assez froide il n’y a rien de nouveau, rien de sérieux ; il n’y a que des déclamations de parti ou de médiocres calculs. Assurément on aurait compris que des législateurs prévoyans eussent la pensée d’organiser ce redoutable élément qui s’appelle le suffrage universel, non pour en éluder ou en diminuer l’autorité par des subterfuges, mais pour en régler la puissance et en moraliser l’action ; on aurait compris que des politiques éclairés, réfléchis eussent étudié les moyens de mettre la vérité et la sincérité dans les élections, d’assurer cette représentation des minorités qui a été admise dans la plupart des pays, en Angleterre comme en Italie, en Belgique comme en Espagne, et qui n’existe pas en France. On aurait compris, en un mot, un acte de législation sérieuse, mûrie, qui aurait mérité réellement de s’appeler une réforme électorale. Malheureusement c’est là ce dont la chambre semble s’être le moins préoccupée. Elle a couru à travers cette discussion sans s’arrêter, sans se demander si elle ne faisait pas tout simplement une œuvre d’imprévoyance et d’incohérence. La chambre des députés a voté le scrutin de liste un peu par une sorte de superstition banale, parce qu’elle a cru le trouver dans de prétendues traditions républicaines, parce qu’elle l’a vu inscrit dans l’héritage de M. Gambetta ; elle l’a voté aussi par toute sorte d’autres raisons, par un sentiment de malaise, parce qu’elle n’a pas osé faire autrement, parce qu’on a développé devant elle toutes ces théories des grandes manifestations du suffrage universel, des grands courans d’opinion, des vastes programmes républicains qui ne sont possibles qu’avec le vote collectif par grandes fractions de la population française.

Eh ! sans doute, nous ne le méconnaissons pas, le scrutin de liste a sa valeur comme instrument politique, surtout dans certaines circonstances. Qu’on ne s’y méprenne pas trop cependant. Le scrutin de liste, qui n’est qu’un plébiscite plus ou moins déguisé, à peine atténué, n’est pas précisément le mode de suffrage des temps réguliers, des régimes établis et fixés. C’est un procédé des temps de crises, des momens troublés, où l’on cherche avant tout un moyen, une force pour redresser une situation faussée, et ceux qui proposent aujourd’hui de revenir au scrutin de liste, au risque de quelques aventures de plus, ne s’aperçoivent pas qu’ils font un singulier aveu. Qu’ils le veuillent ou qu’ils ne le veuillent pas, ils commencent par rendre témoignage contre toute la politique de ces dernières années ; ils avouent que l’expérience républicaine n’a pas réussi, que rien n’est fondé, qu’on n’est pas sorti de l’ère des crises, que le moment est venu de tenter un nouvel effort, de chercher un autre procédé pour relever l’honneur