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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/688

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Le Romantisme des classiques : Pascal, La Rochefoucauld, Bossuet, par M. Emile Deschanel, 1 vol. in-18 ; Calmann Lévy.


Ce n’est pas sans quelque appréhension de ce que nous allions y lire, — ou même quelque prévention, si l’on veut, — que nous avons d’abord ouvert ce nouveau volume de M. Emile Deschanel. A tort ou à raison, M. Deschanel ne nous paraissait point fait pour parler de Pascal ou de Bossuet. En sa qualité de libre penseur déclaré, nous craignions qu’il ne fût imbu des préjugés de la secte contre tout ce que Pascal et Bossuet représentent ; mais comme conférencier, toujours plus soucieux de plaire à son auditoire ou de l’amuser que de l’instruire, nous craignions qu’il ne touchât de semblables sujets avec moins de gravité que d’esprit. L’appréhension s’est trouvée justifiée, quoique non pas, à vrai dire, de la façon que nous avions pensé. Car le conférencier, c’est une justice à lui rendre, n’a pas mis ici ni voulu mettre plus d’esprit que n’en eût souffert la matière ; et le libre penseur, s’il n’y a pas tout à fait réussi, n’en a pas moins tenté un visible et louable effort pour se montrer impartial. Mais ce qui manque dans son livre, et de quoi nous n’avons pu seulement y découvrir la trace ou même l’ombre, c’est, avec le sentiment des sujets qu’il y traite, cette connaissance de leurs alentours, cette étendue d’information, et, pour tout dire d’un mot, cette solidité de préparation sans laquelle il n’est permis à personne de parler de Bossuet, de Pascal, de La Rochefoucauld. M. Emile Deschanel, qui cite quelque part avec une complaisance évidente cette opinion de M. Renan, que Bossuet n’aurait eu d’autre philosophie que celle de ses vieux cahiers de Navarre, ne semble avoir lui-même d’autre érudition littéraire que celle de ses vieilles notes de l’École normale.