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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/685

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gouvernement italien ne finisse à son tour par céder, comme tous les gouvernemens, à l’attraction de la force et du succès. » Cette prédiction s’est accomplie de tout point. On a vu le jeune royaume recourir aux bons offices de l’Autriche pour se ménager une réconciliation avec le chancelier de l’empire d’Allemagne, et son souverain, quoi qu’il pût lui en coûter, s’en aller en personne chercher à Berlin son absolution et quelques-unes de ces bonnes paroles qui mettent au large les cœurs contrits. Plus tard encore, on a vu l’Italie, irritée par nos entreprises sur Tunis, solliciter son entrée dans les conseils des puissances du Nord et se rattacher étroitement à la triple alliance. M. Visconti-Venosta avait dit un jour à la chambre : « Nous devons être toujours indépendans, nous ne devons jamais être isolés. » La peur de l’isolement l’a emporté plus d’une fois dans les cœurs italiens sur l’amour farouche de l’indépendance.

Ce qu’on ne peut excuser, c’est l’aversion, la haine plus ou moins sincère que nous ont vouée, au mépris de toute bienséance, certains hommes d’état, certains journalistes de la péninsule, qui ne cessent de dénoncer à l’Europe nos criminels projets et de répandre sur nous tout ce qu’ils ont de venin. A défaut de gratitude, qu’ils aient du moins la pudeur du souvenir ! Mais il faut reconnaître que le gouvernement ne s’est jamais associé à ces attaques grossières et méprisables. Il a toujours observé les convenances à notre égard, et nous ne pouvons nous plaindre de ses procédés ; il nous a donné plus d’une fois à entendre qu’il n’aurait garde de se prévaloir contre nous de ses illustres amitiés. Le gouvernement italien n’a pas toujours ses coudées franches ; bien qu’il ait peu de goût pour les violens, il doit compter avec eux. En se rattachant à la triple alliance, il avait voulu garantir l’Italie contre tout hasard. Les politiques de bas étage dont nous parlons attendaient autre chose de cette combinaison ; ils espéraient que l’amitié de M. de Bismarck fournirait avant peu à certains cadets de grand appétit l’occasion de s’enrichir à nos dépens. Leur attente a été frustrée, et ils se sont dégoûtés de la triple alliance. Pour adoucir leur grande douleur et l’amertume de leurs déceptions, le gouvernement italien s’est avisé de lier partie avec l’Angleterre, à qui il a fait agréer ses ambitions coloniales. L’Angleterre avait servi à l’Italie, en 1870, à se dispenser de rien faire pour nous ; elle doit lui servir aujourd’hui à s’agrandir en Orient.

Les Italiens sont à la fois le plus vieux des peuples et la plus jeune des nations. Les vieux peuples n’ont pas beaucoup de scrupules ; ils ont le génie des compromis, et en matière de philosophie, ils professent ce qu’on peut appeler le scepticisme de la conscience. Quant aux nations jeunes, elles sont impatientes ; elles aiment à brusquer la fortune, elles ne savent pas se contenter des demi-bonheurs, et on ne