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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/68

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Ben Ouchefoun, kaïd de Beni-Mouça, fut tué d’un coup de pistolet par le lieutenant de Signy. Le 23, une alerte au camp de Dely-Ibrahim faillit causer une affaire entre les généraux de Brossard et de Faudoas. « Je ne suis pas responsable des sottises de votre beau-frère, » avait dit le premier au second. Le soir même, le beau-frère leur fit écrire à tous deux que celui qui provoquerait l’autre serait embarqué sur l’heure. Quelques jours après, par esprit d’équité sans doute, il voulut confier à chacun d’eux le commandement d’une colonne active ; la plus nombreuse même fut pour le général de Brossard.

Haouch-Souk-Ali, à l’est de Boufarik, était le quartier général des insurgés ; le 1er octobre, le général de Faudoas reçut l’ordre de les aller surprendre. Sa colonne comprenait trois bataillons du 10e léger, une compagnie du 67e, le 2e bataillon de zouaves, une compagnie de sapeurs, une section d’artillerie, deux escadrons de chasseurs d’Afrique, une section d’ambulance, en tout 1,600 hommes. Le rendez-vous était donné pour neuf heures du soir au pont de l’Oued-Kerma, en avant de la Ferme modèle. A minuit, le général fit faire une courte halte à Birtouta, puis la marche fut reprise, un escadron de chasseurs en avant, suivi du bataillon de zouaves. Vers une heure du matin, on entendit quatre ou cinq coups de fusil. L’ennemi, qu’on allait chercher bien loin, avait épargné à la colonne la moitié de la route ; il était venu s’embusquer au marabout de Sidi-Haïd, et c’était un de ses postes avancés qui venait de faire feu. On ne s’en inquiéta guère, tant on était convaincu qu’on allait le surprendre à Souk-Ali.

La nuit était très sombre ; entre quatre et cinq heures, le général de Faudoas venait d’envoyer au commandant Marey, des chasseurs, l’ordre d’obliquer à gauche, lorsque le capitaine Saint-Hippolyte, qui conduisait l’avant-garde, accourut à toute bride en criant : « C’est ici qu’ils sont ; ils sont à cinquante pas. » Au même instant, une violente décharge éclate à bout portant sur l’avant-garde. Beaucoup de chevaux sont abattus ; les autres, effrayés, se cabrent, se défendent, pirouettent, reculent, se rejettent sur le petit bataillon de zouaves que le commandant Duvivier vient de former en carré. Trois des faces sont enfoncées ; heureusement la première tient bon, et de son feu contient les Arabes ; les trompettes sonnent le ralliement, puis la charge, les officiers de chasseurs se jettent en avant, appelant leurs hommes ; c’est une vraie charge arabe, éparpillée, en désordre ; cependant elle réussit. L’ennemi n’a su profiter ni de la surprise, ni de la nuit qui faisait sa force ; le jour va poindre ; on se reconnaît, le péril est passé. Cette échauffourée, qui aurait pu tourner à la déroute, ne fut pas sanglante ; il n’y eut du côté des