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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/630

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des phénomènes qui, à part quelques traits, présentent tant de ressemblance. La démarcation qu’on a tentée est bien difficile à établir. Sur la côte occidentale de l’Amérique du Sud et dans le Venezuela, les tremblemens de terre offrent les mêmes manifestations, dans les parties qui ont en face d’elles une rangée de volcans et dans celles qui en sont dépourvues. D’ailleurs, la supposition que les tremblemens de terre seraient dus à la réaction de parties solides entre elles rencontre une objection sérieuse dans les répétitions si étonnantes de secousses pour une même crise. En effet, l’une des circonstances les plus caractéristiques des tremblemens de terre, c’est précisément cette réitération de secousses qui se poursuivent par centaines et par milliers, pendant des semaines et des mois entiers.

En présence de ces périodes d’ébranlemens, il semble bien que la cause, au lieu de s’épuiser en quelques chocs immédiats, comme il arriverait dans la supposition où l’action de masses solides en serait la cause première, se régénère, après s’être momentanément atténuée. C’est là un fait essentiel et auquel toute solution proposée doit satisfaire.

Remarquons d’abord que l’eau renfermée dans un espace bien clos qu’elle remplit, lorsqu’elle est portée à une température suffisamment élevée, arrive à posséder une force qu’on se figure difficilement. Il suffit qu’elle atteigne une température d’environ 500 degrés, bien inférieure à celle des laves, pour que sa vapeur acquière, si elle reste emprisonnée, une force explosive comparable à celle des corps les plus fulminans. Les plus terribles explosions de chaudières ne peuvent en donner une idée. Ainsi, les tubes en fer forgé d’excellente qualité dont je me suis servi pour étudier l’action de l’eau surchauffée dans la formation des silicates, avaient un diamètre intérieur de 21 millimètres et une épaisseur de 11 millimètres. Ils faisaient quelquefois explosion et étaient projetés en l’air avec un bruit comparable à celui d’un coup de canon. Avant d’éclater, les tubes se bombaient sous forme d’une ampoule, et c’est au milieu de cette ampoule que s’ouvrait une déchirure. Si le fer n’avait point de défauts et qu’on estimât qu’il conserve vers 450 degrés, température à laquelle il était porté, la même ténacité qu’à froid, de telles déchirures supposeraient certainement une pression intérieure de plusieurs milliers d’atmosphères. Quelques centimètres cubes d’eau avaient suffi pour produire un tel effet ; et, d’après la petitesse des dimensions intérieures du tube, comparée au volume de cette eau, la vapeur devait atteindre les conditions de densité et de pression dont je viens de parler.

Dans la nature, la tension de la vapeur d’eau des réservoirs volcaniques révèle à chaque instant son énergie ; car celle qui force la