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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/619

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d’ampleur. D’après une communication faite par M. Ferdinand de Lesseps à l’Académie des Sciences, le 27 août 1883, à partir de trois heures et demie du soir, le marégraphe établi à Colon par la compagnie du canal Interocéanique éprouva une série d’oscillations tout à fait comparables, pour l’amplitude, aux mouvemens habituels de la marée, mais dont la durée, au lieu d’être d’environ douze heures, était seulement d’une heure à une heure et demie. Ces oscillations, qui ne pouvaient être dues qu’à un phénomène tout à fait extraordinaire, trouvèrent leur explication un peu plus tard, quand on apprit la catastrophe qui était arrivée la veille dans le détroit de la Sonde. A première vue, il est étonnant que l’ébranlement se soit fait sentir à Colon, c’est-à-dire du côté de l’Atlantique, et non à Panama, sur le Grand-Océan, à travers lequel le trajet paraît direct : la translation de la vague s’est faite réellement en contournant l’Afrique méridionale, puis en pénétrant dans l’Océan-Atlantique, entre l’Afrique et l’Amérique du Sud, jusqu’au fond de la mer des Antilles. Mais la singularité de cette marche sinueuse s’explique naturellement par cette circonstance que le trajet direct vers l’est se trouve barré par les innombrables îles et récifs du large archipel situé au nord de l’Australie, et qu’en outre, il n’y a dans tout cet archipel qu’une très faible profondeur d’eau. Dans ces conditions, l’ébranlement, en supposant qu’il pût parvenir jusque dans les profondeurs du Grand-Océan, devait y arriver presque éteint. Au contraire, du côté de l’ouest, le détroit de la Sonde s’ouvre directement dans l’Océan-Indien, et l’ébranlement s’est produit immédiatement dans des masses d’eaux profondes. Cette propagation de commotion souterraine par l’eau des mers, la plus lointaine que la science ait notée, s’est faite sur un trajet de 11,890 milles, c’est-à-dire égal à plus de la moitié de la circonférence du globe, en vingt heures cinquante minutes, et par conséquent avec une vitesse de 294 mètres par seconde, d’après l’évaluation de M. Bouquet de La Grye. Elle a été reconnue aussi sur les côtes de France.

Les tremblemens de terre peuvent apporter des changemens permanens dans le relief du sol. Ce ne sont pas seulement des crevasses et des éboulemens de rochers ; on a parfois aussi signalé des exhaussemens faibles, mais appréciables, particulièrement au Chili, en 1822, en 1835 et en 1837 ; à cette dernière époque, des coquilles marines encore vivantes et adhérant aux rochers sur lesquels elles avaient vécu, ont apparu au-dessus du niveau de la mer et servi ainsi de témoins irrécusables du changement de niveau qui venait de se produire soudainement.

Nous ne dirons rien ici de divers effets accessoires des tremblemens de terre, de leur influence sur le régime des eaux