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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/582

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diplomatiques par M. le duc Decazes en 1874, renouvelée en 1880 par M. de Freycinet, et présidée aujourd’hui par M. Jules Ferry, commence toute une série de publications diverses qui montreront au grand jour l’admirable travail de cette politique nationale. On entreprend d’abord de faire connaître, d’après les originaux ou les minutes conservées, et en les entourant de toute lumière, la suite des Instructions données par le gouvernement français de 1648 à 1789 à ses agens du dehors : ce sera le tableau fidèle d’une si forte tradition, à la fois une belle page d’histoire et un solide enseignement. Le volume concernant l’Autriche a déjà paru, par les soins de M. Albert Sorel ; le volume concernant la Suède est sous presse. Rien qu’avec ce commencement, on aura une claire idée de ce qui fut le principal objet de notre politique étrangère, particulièrement sous le règne de Louis XIV. Avec le seul travail de M. Sorel, il ne serait pas difficile de montrer en quelques traits ce que sera la publication entreprise par la commission dos archives, et de caractériser en même temps une belle écolo de diplomatie. M. Sorel a fort bien fait connaître la nature des documens qu’on veut mettre en usage ; il a très heureusement défini les Instructions et les Dépêches ; il en a marqué finement la différence. Les Instructions, dit-il, traitent les questions sous une forme toute technique, sans appareil de composition, sans rhétorique de chancellerie. Elles vont droit au fait, des numéros de paragraphes tenant quelquefois lieu de transitions. « Le lien est dans la pensée, qui est forte, précise et claire, se suit, et embrasse sans peine tant d’objets divers, parce qu’elle les rapporte tous à un objet supérieur et parfaitement déterminé : l’intérêt bien entendu de la France en toutes ces affaires… Le rédacteur ne se soucie pas de cet art dangereux qui, sous prétexte d’élégance et de belle littérature, raffine aux dépens de la précision et subtilise au détriment de la clarté. Il ne joue pas au plus fin avec l’agent qu’il veut instruire, il ne négocie pas avec son propre négociateur… »

On ne saurait mieux apprécier les élémens de grande valeur qu’il s’agit de mettre en œuvre. Le volume relatif à l’Autriche suffirait à montrer la prudence hardie, la continuité de vues, l’assiduité infatigable, les prévisions prophétiques des hommes d’état qui conduisaient les affaires extérieures. Je ne sais pourtant si les Instructions et les dépêches relatives à la cour de Suède n’offriraient pas un tableau encore plus complet de cette action diplomatique, et cela par deux raisons : la première, c’est que, très glorieuse alors, et par là puissante, la Suède a été pour Louis XIV, moins encore qu’il ne l’aurait voulu, un instrument contre la maison d’Autriche, qui continuait d’être l’ennemie héréditaire ; la seconde raison, conséquence naturelle de la première, c’est que Louis XIY a destiné