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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/577

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discussion s’est ouverte et je ne sais encore de quel côté de la chambre je pourrais en prendre une. Il ne m’a pas paru qu’elle se fût manifestée de telle sorte que je pusse dire au conseil : Voilà l’opinion de la chambre, il est à présumer que c’est celle du pays. Dans cet état, je ne crois pas qu’il soit en mon pouvoir d’entrer plus avant dans la discussion. » Sensation prolongée, ajoute le Moniteur. Ainsi délaissée par le ministre de la guerre, la cause d’Alger était bien compromise, quand un remarquable discours de M. Laurence vint la relever à propos. Membre de la commission d’enquête, il avouait que son impression, au débarquer en Afrique, avait été mauvaise ; on ne voyait que des ruines ; on n’entendait que des plaintes ; indigènes et colons se lamentaient également. Il y avait à blâmer l’exagération des moindres faits militaires, l’abus des correspondances privées, bien d’autres choses encore. Néanmoins, un examen attentif a porté la lumière au sein de ces nuages et, pour lui du moins, les a dissipés. Il est partisan de l’occupation et il a foi dans l’avenir. « L’honorable M. Dupin, ajoute l’orateur, a paru croire que la commission d’Afrique avait proposé, pour le gouvernement de ce pays, une espèce de despotisme militaire : c’est un pouvoir civil et intelligent que la commission a demandé. » Après ce discours très écouté, le maréchal Soult, mal satisfait de la sensation fâcheuse que ses équivoques avaient produite, reprit la parole et dit, avec l’adhésion, cette fois, d’une grande partie de la chambre : « Il n’est jamais entré dans la pensée du gouvernement d’évacuer la régence d’Alger. Je répète que c’est la pensée du gouvernement tout entier de conserver Alger et de ne point l’abandonner. »

Cette déclaration ne faisait pas le compte des économistes ; aussi M. Hippolyte Passy revint-il le lendemain à la charge ; il déclara onéreuse et dangereuse la possession d’Alger. « Je le donnerais volontiers, s’écriait-il, pour une bicoque du Rhin. » Le ministre de la guerre, la veille, avait parlé du traité Desmichels avec une certaine confiance : sur ce point-là M. Passy, mieux inspiré, fit ses réserves : « J’en demande pardon à M. le ministre qui crie victoire ; il y a à mes yeux un grand danger. Abd-el-Kader traite avec vous d’égal à égal ; c’est un souverain qui règne à côté de vous. Il pense à étendre sa domination à l’intérieur du pays. Dans un tel arrangement je ne vois rien qui affermisse votre conquête ; loin de là, je vois s’élever une puissance formidable qui, lorsqu’elle sera développée, vous deviendra hostile et vous livrera de nouveaux et plus rudes combats. » La discussion allait finir comme elle avait commencé, un peu vulgaire, quand un discours de M. de Lamartine vint lui donner l’éclat et l’essor : « Si l’or a son poids, la politique, l’honneur national, la protection désintéressée du faible,