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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/559

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tinrent fermées, alléguant que leurs affaires et les siennes étaient distinctes, et que, s’ils étaient sortis la veille contre les Hadar c’est qu’ils avaient eu à se plaindre d’eux pour leur propre compte. Le Méchouar était fort, la garnison nombreuse et décidée ; Abd-el-Kader n’avait pas les moyens de la réduire ; il se contenta du succès déjà considérable qu’il avait obtenu et reprit le chemin de Mascara. En route, il apprit deux mauvaises nouvelles, la mort de son père Mahi-ed-Dino, et l’occupation d’Arzeu par le général Desmichels.

Arzeu était une petite ville maritime dont le cadi, depuis l’établissement des Français à Oran, avait entretenu de bons rapports avec eux et fourni même quelques chevaux pour la remonte des chasseurs d’Afrique jusqu’au jour ou, enlevé par les ordres d’Abd-el-Kader, il avait été conduit à Mascara et finalement étranglé, disait-on. Dès le mois de mai, le ministre de la guerre avait recommandé le port d’Arzeu à l’attention du commandant d’Oran. Le 1er juillet 1833 le nouveau cadi, accompagné de quelques membres de sa famille était venu annoncer au général Desmichels le triste sort de son prédécesseur, qui était son propre neveu, et solliciter la protection de la France. Le général, aussitôt, avait organisé une colonne de 2,000 hommes, composée de deux bataillons du 66e, d’un bataillon de la légion étrangère, du 2’ régiment de chasseurs d’Afrique d’une batterie d’artillerie et d’une compagnie de sapeurs, et lavait fut mettre en mouvement le 3 juillet au soir, sous les ordres du général Sauzet, tandis qu’il s’embarquait de sa personne, avec son état-major à Mers-el-Kébir, sur le brick Alcyon, suivi d’une petite flottille oui portait des vivres, des munitions et les matériaux d’un blockhaus.

Il y a 37 kilomètres d’Oran au port d’Arzeu. La route traverse du sud-ouest au nord-est, une plaine sans arbres, hérissée de broussailles et de palmiers nains, à peine accidentée par les dernières ondulations de la montagne des Lions, qu’on laisse sur la gauche. Après avoir marché toute la nuit, la colonne arriva dans la matinée du 4, en même temps que la flottille à la Mersa, qui était le port d’Arzeu. La ville proprement dite étalait, à 6 kilomètres au sud-est, sur la pente d’une colline, au milieu des ruines d’une cité romaine, ses petites maisons de pierre entourées de nopals. Elle n’avait guère plus de 500 habitans, c’était le port seul qui lui donnait quelque importance. Aussi, quand le lendemain on s’aperçut que la population avait déguerpi, le général Desmichels ne s’en mit pas en peine ; il tenait la Mersa, qui lui suffisait. Les rares partisans du cadi, n’ayant pas voulu passer à l’ennemi avec les autres, demandèrent à s’embarquer pour Mostaganem. Ainsi désertée, la pauvre ville n’avait plus à perdre que son nom ; elle le perdu : le principal disparut derrière l’accessoire, et la Mersa devint l’unique Arzeu.