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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/554

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redevance, à titre de locataires, mais pour une année seulement. La mesure, parfaitement juste, ne fit que des mécontens ; de vrais propriétaires spoliés ne se seraient pas plaints davantage, et leurs plaintes réveillèrent l’agitation, que les optimistes s’imaginaient avoir vue disparaître. Les Maures, comme toujours, intriguaient contre la France en se donnant l’air de la servir. L’ex-bey de Médéa, Ben-Omar, s’était lait bien venir du général Voirol ; il avait même réussi à se faire donner une commission extraordinaire avec de grands pouvoirs dans l’outhane de Beni-Khelil, où l’administration d’Oulid-Bouzeïd était absolument insuffisante ; puis, sous couleur de ramener à l’autorité française les gens de Blida et les Beni-Sala de la montagne, en flattant leur amour-propre, il persuada au général de nommer à la place d’Oulid-Bouzeïd un cheikh de Beni-Sala, El-Arbi-Ben-Brahim, qui avait à Blida sa résidence habituelle. Dès que ce nouveau kaïd fut en fonctions, l’état des affaires, qui, suivant Ben-Omar, allait s’améliorer, devint pire.

Quand, après la recherche des biens du beylik, le capitaine Pellissier parut sur le marché de Bou-Farik, sa présence excita une émotion qui faillit passer au désordre. Deux jours après, El-Arbi et Kouïder, le kaïd des Hadjoutes, écrivirent au général Voirol, avec force protestations de dévoùment et de regrets, que, dans l’état d’esprit où étaient les Arabes, la seule apparition des Européens à Bou-Farik risquerait d’être considérée comme une déclaration de guerre. Gêné par ses instructions et par les avis qu’il recevait de Paris, le général Voirol essaya d’un moyen terme ; il institua un marché à Douéra ; mais les kaïds lui déclarèrent qu’aucun de leurs administrés n’y viendrait, et aucun n’y vint. El-Arbi avait fait serment de ne pas mettre le pied dans Alger tant que les Français en seraient maîtres. Néanmoins, satisfait de la victoire qu’il venait de remporter sur eux en les expulsant virtuellement de la Métidja, il consentit à paraître aux fêtes de juillet avec les grands des tribus : démonstration vaine qui, après tout ce qui venait de se passer, ne pouvait plus faire illusion, même aux optimistes. Du commerce des deux races et du rapprochement des intérêts, il ne restait à peu près rien ; l’épreuve avait mal tourné, l’expérience était faite.


V

A Bône, au contraire, l’épreuve était satisfaisante ; l’expérience paraissait en voie de réussir ; c’est que, de ce côté, l’autorité française bénéficiait de tout ce qu’inspirait d’horreur à certaines tribus le despotisme cruel du bey de Constantine. Ahmed leur était plus odieux que les Français ne leur étaient sympathiques ; mais elles ne pouvaient s’empêcher de reconnaître le soin que ceux-ci mettaient à