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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/548

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de l’autre côté du ravin, la croupe orientale, la croupe de Bridja, qui domine le fort Abd-el-Kader, était nue, déserte et sans défense.

Embossés à courte distance, les navires de combat ont bientôt éteint le feu des batteries de côte et des forts. À dix heures du matin, les canots chargés d’infanterie accostent au mur de quai ; les hommes débarquent ; la porte de mer est enfoncée ; on est au seuil de la ville. Dans un ordre communiqué la veille aux troupes, tout a été réglé, composition des colonnes, formations de combat, directions à suivre ; de ce programme rien n’est suivi. Est-ce la faute du général Trézel ? Non ; c’est l’instrument qui est défectueux. Le 59e, qui vient de France, ne connaît pas la guerre d’Afrique, ni même absolument la guerre ; les hommes n’ont jamais vu le feu ; les officiers hésitent, l’attaque est molle. Cependant il faut faire quelque chose. Le capitaine Saint-Germain et le lieutenant Mollière, l’un aide-de-camp, l’autre officier d’ordonnance du général, tournent, le premier à gauche vers la kasba, l’autre à droite vers le fort Abd-el-Kader ; une ou deux compagnies les suivent et pénètrent avec eux dans les ouvrages qui ne sont pas défendus. Au fort Mouça, le résultat est le même ; La Moricière y est entré à peu près sans résistance. Victoire donc ! Ville gagnée ! — Pas encore. Ce n’est pas là que sont les Kabyles. C’est au-dessus de la croupe de Bridja, au marabout de Sidi-Touati, entre les branches du ravin supérieur ; c’est là qu’ils se tiennent, nombreux, actifs, aux aguets dans toutes les ruelles, embusqués derrière toutes les haies, dans toutes les maisons, à l’abri de toutes les clôtures. Sur le sol dénudé de Bridja où les Français sont à découvert, c’est une pluie de balles ; un chef de bataillon, un capitaine, beaucoup d’hommes sont atteints ; il faut hisser jusque-là deux obusiers de montagne pour répondre à ce feu terrible. Avec des troupes neuves, étonnées, le général ne peut que se tenir sur la défensive ; tenter de déloger l’ennemi serait une trop grosse aventure. Cependant tout son monde est engagé ; il fait appel au commandant de Parseval, qui envoie deux cents matelots à la Porte de mer. Il y a vingt morts et cinquante blessés ; aux autres il faut du repos. Le soir vient, mais non pas l’ombre ; une lune magnifique éclaire la montagne, la ville et la mer. Toute la nuit le combat dure ; l’ennemi se coulant dans la gorge de Sidi-Touati essaie d’isoler Bridja du fort Mouça. Le 30 au matin, la communication directe est rétablie, mais dans les quartiers hauts les Kabyles se maintiennent, plus nombreux, plus acharnés que la veille ; des pièces de canon qu’une compagnie escorte sont attaquées ; toute la journée s’écoule dans l’ascension lente de l’infanterie française, pendant que les boulets et les obus fouillent les jardins et ruinent les maisons. C’est seulement le