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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/538

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Clauzel eut réveillé à Londres l’écho des débats de nouveau soulevés à Paris, M. de Talleyrand ne manqua pas non plus de renouveler aussi ses doléances : « Je viens, écrivait-il le 20 juin, de connaître par les journaux le résultat de la séance de la chambre des députés relativement à l’affaire d’Alger. Elle m’a fait relire les instructions que j’avais reçues du gouvernement au mois de septembre 1830, et dans lesquelles elle occupe une grande place. J’avais cru que la conduite que nous avions à tenir devait être très mesurée, et, en conséquence, je me décidai à éviter sur cette question toute discussion avec les membres du cabinet anglais. J’aurais vivement désiré que la chambre des députés eût la même manière de voir et laissât le temps tout seul consolider cette affaire. » A quoi le duc de Broglie répliquait, le 24 : « Vous comprendrez que, dans des questions de cette nature, les considérations de politique extérieure ne sont pas les seules dont on soit obligé de tenir compte. J’ajouterai que ce qui nous a forcés de sortir du ton de réserve où nous nous étions renfermés, ce sont moins les attaques de la tribune et de la presse françaises que les assertions émises dans le parlement britannique et les réponses ambiguës de lord Grey et de lord Palmerston, dont au surplus nous concevons très bien que le langage a pu être impérieusement dicté par la situation dans laquelle ils se trouvaient placés. »

Quinze jours avant l’interpellation du maréchal Clauzel, le duc de Rovigo était mort. A son départ d’Alger, le 4 mars 1833, il avait laissé l’intérim des affaires au général Avizard, le plus ancien des maréchaux de camp de service en Afrique. Cet intérim fort court, car il ne dura pas plus de sept semaines, fut signalé par la création d’un service à la fois militaire et administratif, destiné à devenir le principal organe du commandement dans ses rapports avec les indigènes. Le bureau arabe fut institué sur les conseils du général Trézel, et le capitaine de La Moricière, des zouaves, en fut le premier chef.

Racontée par La Moricière lui-même, l’institution est curieuse à connaître : « Au mois de février 1833, l’intendant civil s’est enfin imaginé de faire faire une sorte d’inventaire de tous les biens du gouvernement, tant en ville que dans l’intérieur de nos lignes, biens qui sont immenses et dont on ne connaît ni le nombre ni l’étendue. Pour examiner cette question, il faut connaître, la constitution de la propriété dans ce pays, savoir par les indigènes ce qui se faisait avant notre arrivée, et enfin être à l’abri de toute séduction de la part de ceux qui ont usurpé ces biens. L’intendant civil m’a fait nommer secrétaire de cette commission spéciale, ce qui exige mon séjour à Alger, mais ne m’empêchera pas de marcher avec ma compagnie, le cas échéant. J’étais à peine depuis deux jours à ce travail