Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/453

Cette page n’a pas encore été corrigée


semaine ou deux à une barque comme celles que volent les déportés. Au reste, ce n’est guère que sur 300 lieues de rivages que l’Australie est menacée, entre Brisbane et Melbourne, l’Australie qui est entourée d’eau de tous côtés et qui est grande comme les trois-quarts de l’Europe.

Au nombre de toutes les îles restées libres dans la mer du Pacifique, dans l’Océanie de l’est et de l’ouest, et dont l’Australie demandait l’annexion au congrès de Sydney, est l’Ile de Rapa ou Oparo. Celle-ci, qui nous appartient en propre et qui est une dépendance de notre archipel de Tubuaï, au sud de Taïti, est réclamée principalement par la Nouvelle-Zélande, parce qu’elle est située sur la ligne que suivront les steamers qui iront d’Auckland à Panama, dès que le canal maritime sera ouvert en 1888. Or Rapa fait partie des états dits du protectorat depuis 1844, et elle a suivi le sort de ces états lorsqu’ils ont été annexés à la France en 1880. Il en est de même des Nouvelles-Hébrides, où nous sommes établis et sur lesquelles nous avons encore plus de droits que les Anglais. Et cependant Queensland et surtout Victoria réclament ces dernières îles au nom des intérêts de leur commerce et de ceux des missionnaires presbytériens qui s’y sont établis.

Les Australiens ne connaissent plus de mesure. Ils proposent de tracer dans le grand Océan un méridien fictif et de dire à toutes les nations européennes, plus ou moins intéressées dans les échanges de ces lointaines mers : « En-deçà de cette limite, tout est à nous ! » C’est ainsi que firent, au temps du pape Alexandre VI, qui fut par eux pris pour arbitre, les Espagnols et les Portugais, qui voulaient chacun occuper une partie du monde colonial et s’en garantir à eux seuls la découverte. On sait ce qui arriva. La terre étant ronde, ils finirent par s’y rencontrer en allant chacun dans un sens opposé.

Toute cette agitation turbulente révèle que les Australiens sont un peuple plein de vigueur et de jeunesse, mais aussi de suffisance, qui ne doute de rien et se croit tout permis. Il n’est pas à supposer que cette effervescence se calmera de sitôt, malgré les atermoiemens qu’a toujours apportés le comte Derby à toutes les réclamations si vives que les Australiens lui adressent encore de temps en temps. Ceux-ci reviennent volontiers à des menaces de séparation, à la création d’un Dominion autonome, à l’installation d’une sorte de parlement central qui préparera les lois d’intérêt général, de dépenses communes, de marine, de douane, en un mot, la solution de tous les problèmes qui préoccupent directement et au même degré ces jeunes et ardentes colonies.

Il a été un moment question d’expulser de l’Australie le peu de français qui y résident, à peine deux cm trois mille, comme on