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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/399

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nombreux et tellement intacts que leur détermination n’offre pas plus de difficultés que s’il s’agissait de ceux du Liban ou de l’Atlas. Entraînés sans doute par les eaux torrentielles qui ravinaient les anciens escarpemens, les cônes fossiles dénotent l’existence probable d’un certain nombre d’espèces de cèdres crétacés ; mais ces espèces, celle de La Louvière, en Belgique, celle du Havre, celle d’Angleterre, ne diffèrent pas plus entre elles que les cèdres de l’Atlas, du Liban et de l’Himalaya, comparés au point de vue de leurs strobiles. Seulement, à l’état fossile, ceux-ci présentent la particularité d’avoir pu se détacher naturellement de l’arbre qui les portait, munis de leurs écailles demeurées en connexion, tandis que les cônes des cèdres actuels persistent sur la branche et se désagrègent à la maturité en disséminant les graines et les écailles, à l’exemple de ce qui se passe chez les vrais sapins.

C’est pour cela qu’au lieu d’écaillés éparses, on recueille dans les divers gisemens que nous avons cités des cônes entiers et visiblement caducs. Pour nous, c’est une preuve que la désagrégation des strobiles constitue chez les cèdres une particularité acquise postérieurement à l’âge néocomien, et ce changement serait peut-être le seul qu’ils auraient éprouvé dans le cours de tant de périodes. Le type lui-même se serait déplacé. Sa patrie d’origine devrait être reculée jusque dans le Nord. C’est de là que les cèdres auraient émigré d’abord en Europe, d’un côté, et, de l’autre, dans l’Asie intérieure ; plus tard, ils auront gagné l’Atlas, le Taurus et le Liban, enfin les contreforts de l’Himalaya. De nos jours, le déodora, le cèdre du Liban et celui de l’Atlas forment trois groupes spécifiques séparés par de grands espaces superposés et dont les divergences partielles donnent la mesure de l’influence exercée sur chacun d’eux par le cantonnement. Seulement, dans l’espace comme à travers le temps, la faible plasticité du type a fait qu’il ne s’est jamais produit que des nuances distinctives peu accentuées, et certains auteurs ont été jusqu’à réunir tous les cèdres en une espèce unique dont les races de l’Atlas, de l’Asie antérieure et de l’Inde feraient partie à titre de simples variétés locales.

Les sapins ont laissé leurs premiers vestiges dans les couches jurassiques de l’extrême-nord, au Spitzberg, à Andö, sur la côte de Norvège, dans la Sibérie de l’Irkoutsk. On en connaît des feuilles et même une écaille détachée du cône dont elle faisait partie. Les sapins paraissent donc avoir pris naissance au sein des régions boréales : de là, ils se seront répandus vers le sud en occupant successivement diverses chaînes de montagnes. Les gisemens de plantes fossiles se rapportant presque toujours aux bords des lacs ou à l’embouchure des cours d’eau, il se trouve que la végétation