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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/387

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recueillies dans les trois localités françaises accusent des contrastes faciles à saisir, comparées à celles du Yorkshire, tandis que les traits communs qui les unissent attestent l’uniformité qu’affectait alors le tapis végétal, à la seule condition de quitter le bord immédiat des eaux pour interroger les parties agrestes et relativement sèches de l’ancien pays jurassique. Tout au contraire, il suffit d’avoir recours à des dépôts charbonneux ou schisto-ligniteux, antérieurs ou postérieurs par l’âge à celui de Scarborough, pour voir aussitôt reparaître les formes végétales caractéristiques de cette dernière localité. En un mot, les flores particulières donnent lieu à des coïncidences, à raison, non pas précisément de leur âge, mais surtout de la conformité des conditions qui présidaient à la formation des lits où vinrent se fossiliser les débris.

Au bord des eaux, dans les stations fraîches et sur les sols tourbeux, on aurait rencontré des prèles, de grandes fougères aux puissantes feuilles, les unes largement développées, les autres délicatement incisées. Auprès d’elles se groupaient plusieurs types de cycadées aux frondes ailées et flexibles ; enfin, des salisburiées, alliées plus ou moins proches du ginkgo japonais, et de curieuses saxodiées conifères, appartenant au même groupe que le cyprès chauve de la Louisiane, constituaient de préférence les massifs des régions humides.

Le spectacle n’est plus le même, dès que l’on s’attache à l’exploration des régions relativement sèches. On y rencontre une proportion notable de fougères petites, souvent menues et remarquablement coriaces ; des cycadées d’une taille des plus médiocres ; enfin des conifères élevées, mais distinguées par la raideur et l’épaisseur de leurs feuilles, hérissant les rameaux de crochets épineux ou les recouvrant d’une mosaïque d’écussons étroitement contigus. — Voilà donc une double association, ayant chacune ses espèces, sa physionomie et ses aptitudes bien définies, qui se partageait, pour ainsi dire, le domaine végétal de l’Europe jurassique. Actuellement, tout restant d’ailleurs pareil, notre monde des plantes, une fois fossilisé, serait loin d’offrir le même spectacle. S’il est donné plus tard à des créatures intelligentes de le retrouver et de le reconstituer longtemps après qu’il aura disparu, il sera sans doute impossible d’y découvrir une démarcation aussi nette ni l’existence de deux groupemens de formes aussi tranchées. Les stations grandes et petites, les aires d’habitation, les régions elles-mêmes se sont multipliées pour le règne végétal, en même temps que les accidens de la surface. La flore a perdu sa simplicité première ; elle est allée en se compliquant et se subdivisant. Elle a donné naissance à des catégories et à des associations très diverses ; elle s’est scindée et différenciée, en sorte que chaque pays a maintenant ses espèces et